COMPASS MAGAZINE #14
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L’AVANTAGE DES PME Comment l’informatique sur le cloud permet aux petites entreprises d’affronter la concurrence internationale

Depuis des décennies, le coût élevé du matériel et des logiciels informatiques handicape la compétitivité des petites et moyennes entreprises (PME), particulièrement depuis qu’elles cherchent à étendre leurs activités au-delà de leurs frontières nationales. Mais l’informatique sur le cloud, qui offre un accès à la carte aux matériel et logiciels informatiques, équilibre les règles du jeu.

Arthur Léopold-Léger rêve de créer une compagnie aérienne internationale à La Rochelle, un port sur la côte Atlantique au nord de Bordeaux. La réalisation de son rêve en dit long sur la manière dont l’émergence de l’informatique sur le cloud ou cloud computing a bouleversé l’ordre établi du monde de l’entreprise.

La petite équipe d’ingénieurs d’Elixir Aircraft, entreprise créée par A. Léopold-Léger, conçoit actuellement un avion biplace qui exploite la technologie de pointe utilisée pour la course de l’America’s Cup, intégrant des matériaux composites en fibre de carbone fabriqués au Japon. Selon A. Léopold-Léger, l’avion, en vente des 2017, sera plus élégant, plus sûr et moins cher que ceux présents sur le marché. Elixir vise d’abord l’Europe, puis l’Amérique du Sud, l’Afrique du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, pour poursuivre son expansion en Asie et en Amérique du Nord.

Si Elixir peut nourrir de tels rêves de conquête c’est grâce au cloud computing qui lui permet d’exploiter la puissance informatique et logicielle de son fournisseur de technologies, selon ses besoins, sans investissements massifs de départ en matériel et logiciels. La conception d’un avion nécessite une puissance de conception et de simulation considérable sur une plateforme robuste. « Cependant, nous n’avons pas à investir dans le matériel ou l’administratif », explique A. Léopold-Léger. « C’est un employé qui nous couterait environ €50 000 par an que nous n’avons pas à embaucher. Pour une petite entreprise comme la nôtre, cela représente une part énorme de notre budget. »

« NOUS CONSIDÉRONS L’ADOPTION D’UNE PERSPECTIVE ASCENDANTE : LES ENTREPRISES DE PLUS PETITE TAILLE ADOPTENT DES SOLUTIONS CLOUD AVANT CERTAINES GRANDES ENTREPRISES. »

CHRISTOPHER HOLMES DIRECTEUR GÉNÉRAL, IDC INSIGHTS ASIE PACIFIQUE

Ses concepteurs ont également la possibilité d’utiliser des logiciels pour une durée déterminée, puis de s’en détourner au profit d’autres outils en fonction de leurs besoins. « Quoi que nous ayons à faire, nous savons que nous disposons des outils nécessaires », ajoute-t-il.

PUISSANCE INFORMATIQUE À LA CARTE

Elixir brise le modèle traditionnel qui pénalise les PME du monde entier lorsqu’elles essaient d’étendre leur présence à l’international. Les entreprises plus petites sont peut-être agiles chez elles, mais rares sont celles qui ont les moyens de construire une infrastructure IT nécessaire pour soutenir des activités internationales solides.

Aujourd’hui, pourtant, après des années de battage publicitaire souvent vide de sens, le cloud computing transforme le paysage concurrentiel des PME. Ces entreprises ne doivent désormais plus construire une plateforme informatique coûteuse pour soutenir les stocks, la chaîne d’approvisionnement, les relations clients, les ressources humaines et les autres fonctions nécessaires à toute entreprise moderne. Elles ont désormais accès à des outils collaboratifs qui leur permettent d’exercer des activités au-delà de leurs frontières nationales, dans une mesure que seules les grandes entreprises peuvent se permettre. Les PME peuvent, en effet, louer les services dont elles ont besoin, à la carte, au moment où elles en ont besoin, auprès de géants comme Amazon Web Services ou de plus petits fournisseurs comme Outscale, basé à Saint-Cloud, France.

CAPACITÉ D’ADAPTATION INSTANTANÉE

La capacité de développer rapidement l’infrastructure informatique d’une entreprise et de sélectionner avec soin les fonctions nécessaires permet aux PDG de PME d’assumer des risques au niveau international qu’ils n’auraient jamais envisagés cinq ans plus tôt. Grâce au cloud computing, la flexibilité dans la « gradation », la capacité d’ajouter ou de supprimer rapidement des ressources à faible coût, est particulièrement importante pour ces entreprises qui n’ont pas toujours les moyens d’anticiper une envolée des commandes.

« Nous considérons l’adoption d’une perspective ascendante : les entreprises de plus petite taille adoptent des solutions cloud avant certaines grandes entreprises », avance Christopher Holmes, directeur général basé à Singapour d’IDC Insights Asie Pacifique, et responsable d’IDC Manufacturing Insights, branche de la société de conseil industriel IDC. « C’est abordable, et elles n’ont souvent pas d’équipe IT interne. Elles peuvent compter sur un fournisseur de cloud. »

En revanche, explique C. Holmes, les grandes entreprises travaillent avec d’anciens systèmes coûteux, mis en œuvre au fil des ans, et le transfert de ces fonctions vers un fournisseur de services cloud peut être complexe.

L’ASIE RATTRAPE SON RETARD

Les États-Unis et l’Europe occidentale ont été parmi les premiers à aider les PME à se développer à l’international grâce au cloud, mais l’Asie semble rattraper son retard, remarque Craig Downing, directeur senior du marketing produit chargé de la stratégie cloud mondiale pour Epicor Software (San Diego, Californie). Epicor est considéré comme un fournisseur de services cloud de second rang ; de tels fournisseurs travaillent en général directement avec leurs clients, sans passer par le biais de partenaires intermédiaires.

C. Downing affirme que si l’Asie a pris du retard c’est que certains gouvernements asiatiques ont résisté aux efforts déployés par les entreprises technologiques occidentales pour construire des infrastructures techniques qui soutiennent le cloud computing sur leur territoire, de peur que le transfert de données sorte de leurs frontières.

« NOUS N’AVONS PAS À INVESTIR DANS LE MATÉRIEL OU L’ADMINISTRATIF. POUR UNE PETITE ENTREPRISE COMME LA NÔTRE, CELA REPRÉSENTE UNE PART ÉNORME DE NOTRE BUDGET. »

ARTHUR LÉOPOLD-LÉGER PDG, ELIXIR AIRCRAFT

Le cloud computing progresse sur deux fronts principaux pour les PME asiatiques. D’une part, de nombreuses entreprises asiatiques fournissent de grandes entreprises occidentales qui insistent pour travailler via le cloud. « Elles participent à la chaîne logistique de grands comptes qui adoptent les systèmes cloud », explique C. Downing. « Si vous êtes fournisseur de Raytheon, Boeing ou Bosch, vous êtes entraînés dans cette chaîne et vous interagissez directement avec leurs systèmes ERP basés sur le cloud. »

D’autre part, les filiales asiatiques des entreprises occidentales créent des opérations locales sur le cloud, reliées aux systèmes internationaux sur le cloud de leur société mère. « Leurs opérations en Thaïlande ou au Vietnam ne présentent pas forcément les mêmes exigences d’échelle » pour justifier l’adoption de vastes systèmes coûteux proposés par des fournisseurs de services cloud, affirme C. Downing. « On les voit donc mettre en œuvre des solutions de second rang. »

UNE COMPÉTITION PLUS EFFICACE

Le recours au cloud computing a modifié la nature même du fonctionnement de certaines entreprises asiatiques de petite taille. Un exemple : Ghim Li, groupement d’entreprises basé en Australie et à Singapour, sous la houlette de GLG Corporation Limited, fournisseur de textiles et de vêtements pour de grands magasins de mode américains, dont Macy’s, Sears, Walmart et Target. Ghim Li investissait énormément de temps et d’argent pour expédier des échantillons de tissu de ses usines en Asie du Sud-Est à ses clients occidentaux. Les inspecteurs du contrôle de la qualité consacraient également beaucoup de temps à voyager d’usine en usine. En janvier 2013, Ghim Li a mis en place une plateforme de conférence audio-vidéo et de téléphonie hybride, située à la fois sur le cloud et dans ses locaux, afin de mieux relier les employés de différents sites et de pouvoir communiquer les motifs de tissu par vidéo. « Nous avions besoin d’une solution qui nous donne un avantage concurrentiel », explique Timothy Ngui, directeur principal de l’information. Ce système permet à Ghim Li de faire des dizaines de milliers d’euros d’économie par an.

LE DÉBAT SUR LA SÉCURITÉ

Bien entendu, comme toute nouvelle tendance technologique, le cloud computing suscite parmi les PDG le débat sur la meilleure manière de l’utiliser. Certains pensent qu’il faut conserver les données ou les informations sensibles sur leurs sites afin de mieux les protéger des pirates informatiques. Mais d’autres estiment que leurs secrets sont mieux protégés par de grands fournisseurs de services cloud, qui possèdent les ressources nécessaires pour organiser la meilleure défense numérique possible. D’autres encore soulignent que sur une période de cinq ou dix ans, le recours aux services cloud peut s’avérer plus cher que de concevoir ses propres systèmes. La majorité des PDG de PME, toutefois, doit surmonter d’importantes difficultés à court terme. S’ils ne parviennent pas à saisir rapidement les occasions qui se présentent, ils se feront écraser par des rivaux plus agiles ou de plus grands concurrents aux poches pleines.

« Le cloud n’est pas une solution miracle, mais il s’en approche », déclare Stéphane Maarek, vice-président d’Outscale Amérique du Nord. « Ne pas avoir à investir trop d’énergie, de ressources et de capital pour former des équipes et construire des infrastructures permet aux PDG de se concentrer sur leur activité principale. Ils peuvent réinvestir C. Holmes voit aussi des PME chinoises utiliser le cloud pour étendre leur présence dans le monde, leur permettant d’exploiter les meilleures ressources, indépendamment de leur localisation. « Un fabricant de chaussures chinois peut avoir ses infrastructures de conception en Italie, alors que la production est réalisée dans le sud de la Chine », explique-t-il. « Elles peuvent tirer parti des capacités du cloud et échanger sur tout en temps réel. » l’argent initialement destiné aux infrastructures pour atteindre leurs principaux objectifs commerciaux. » En conclusion, le cloud computing permet aux dirigeants de PME de mettre en œuvre des stratégies internationales, autrefois inconcevables. ◆

by William J. Holstein Back to top