COMPASS MAGAZINE #14
COMPASS MAGAZINE #14

LIVRÉS À VOS APPAREILS Apporter son appareil personnel au travail devient une pratique d’entreprise courante à travers le monde

Le mouvement « bring-your­-own-device » (BYOD ou « apportez votre équipement personnel ») est adopté par de nombreuses entreprises. Il permet aux employés d’utiliser leurs appareils personnels pour accéder aux systèmes de l’entreprise. L’objectif est d’améliorer l’accès à l’information, de faciliter et d’intensifier la collaboration, et d’augmenter la productivité. Si certaines organisations y trouvent leur compte, d’autres en paient le prix fort.

Salué par David Willis, vice-président du cabinet de conseil américain Gartner, comme « le changement le plus radical apporté à l’économie et à la culture de l’informatique client dans l’entreprise depuis des décennies », le phénomène « bring-your-own-device » (BYOD) s’installe dans les entreprises. « Aujourd’hui, plus de 70 % des entreprises dans le monde ont une politique de BYOD permettant d’accéder, dans une certaine mesure, aux systèmes de l’entreprise à partir d’appareils personnels », déclare-t-il. « En 2017, le nombre d’employés accédant aux systèmes d’entreprise via leurs propres équipements sera supérieur à ceux équipés d’appareils fournis par l’entreprise. »

Il est facile de constater pourquoi le BYOD est devenu populaire. « Permettre aux collaborateurs d’utiliser leurs outils courants ne peut qu’être une bonne chose. Ils peuvent ainsi avoir dans leur vie professionnelle la même productivité que dans leur vie personnelle », explique Marcus Lane, responsable Enterprise Mobility Management chez Dell, fournisseur de solutions technologiques. « Qui plus est, l’adoption du BYOD positionne une entreprise comme flexible et dynamique. C’est important car de nombreux candidats évaluent les entreprises sur les technologies qu’elles utilisent. »

Une enquête en ligne menée par CompTIA, une association professionnelle à but non lucratif basée aux États-Unis œuvrant dans le domaine informatique, a montré que 53 % des entreprises privées du pays n’autorisaient pas le BYOD, contre 34 % en 2013, ce qui représente une hausse considérable. Sur les 375 professionnels de l’informatique interrogés, seuls 7 % ont indiqué que leur entreprise appliquait une politique BYOD intégrale, c’est-­à-dire qu’elle n’endossait aucune responsabilité pour les appareils.

EXEMPLES TYPES

Essar, conglomérat indien basé à Bombay qui opère dans la sidérurgie, l’énergie, la construction et les services, en est à la quatrième version de son initiative BYOD. « Nos collaborateurs ont en moyenne 26-30 ans et apprécient d’utiliser l’appareil de leur choix », souligne Jayantha Prabhu, directeur des technologies chez Essar, implanté dans 29 pays et qui emploie plus de 60 000 personnes. « En outre, comme ils maîtrisent déjà leur outil, ils sont moins enclins à faire appel à notre service technique », ajoute-t-il. « Ils jouissent d’une flexibilité maximale pour leur utilisation professionnelle et personnelle de l’informatique, puisqu’elle est identique. En tant qu’entreprise, notre avantage est une main-d’œuvre plus agile. Les dépenses de voyages et de bureautique s’en trouvent réduites. »

La compagnie aérienne nationale irlandaise Aer Lingus a mis en œuvre le BYOD et le vit également comme un succès. « L’application d’une politique de BYOD efficace a transformé l’activité d’Aer Lingus », confie Patrick Irwin, responsable du marketing produit EMEA chez Citrix Systems, entreprise américaine spécialisée dans les solutions logicielles. « La compagnie comptait 4 000 collaborateurs qui devaient auparavant se rendre dans un terminal ou dans un bureau pour accéder aux informations. Désormais, avec une politique appropriée de BYOD, le personnel dispose d’un accès sécurisé et flexible aux données, à tout moment, où qu’il soit et sur n’importe quel appareil. Cela permet aux collaborateurs d’Aer Lingus de fournir un service client de qualité dans toutes les zones de la compagnie, de la salle de livraison des bagages au cockpit. L’efficacité a été améliorée, avec plus d’avions à l’heure au décollage. »

TROP BEAU POUR ÊTRE VRAI ?

Malgré l’essor du phénomène BYOD, cette pratique ne se fait pas sans heurt. La promesse d’une réduction des coûts séduit de nombreuses organisations mais pour David Schofield, associé chez Network Sourcing Advisors, société de gestion des télécommunications à Atlanta (USA), le BYOD peut s’avérer plus coûteux à long terme pour nombre d’entre elles. « Nous avons récemment dû aider une entreprise de 600 personnes spécialisée dans les nouvelles technologies, car elle avait dépassé son budget de US$300 000 au bout d’un an de BYOD », confie-t-il. « Cela représente environ US$41 par ligne et par mois. C’est un impact significatif. » Selon lui, le problème venait en partie du programme utilisé par l’entreprise pour aider ses collaborateurs à acquérir leurs appareils. « Le client avait une allocation qui représentait deux fois plus que ce qu’aurait coûté un équipement d’entreprise », explique-t-il. « Dans le cadre d’un accord d’entreprise, l’appareil aurait pu être gratuit. En outre, cette société avait acquis un système de gestion peu rentable. Finalement, au lieu de gérer deux équipements sur le même système d’exploitation, l’assistance technique de l’entreprise s’est retrouvée face à une multitude de systèmes d’exploitation et d’appareils. »

« CEUX QUI ADOPTENT LE [BYOD] ET L’UTILISENT JUDICIEUSEMENT EN TIRERONT DE RÉELS BÉNÉFICES. »

PATRICK IRWIN RESPONSABLE DU MARKETING PRODUIT EMEA, CITRIX

La gestion efficace d’une telle initiative en termes de sécurité informatique est complexe. Dell estime que 50 % de ses clients qui appliquent une politique de BYOD ont rencontré une faille de sécurité. « Il faut bien protéger les données d’entreprise pour empêcher toute violation de la sécurité, qui pourrait avoir de graves conséquences pour une société détenant une masse de données sensibles », affirme M. Lane. « Il est crucial de mettre en place des mesures de cryptage des données », conseille P. Irwin. « Les entreprises doivent pouvoir effacer les données d’entreprise lorsqu’un appareil est perdu ou volé, par exemple. »

Certes, la sécurité est critique, mais il est également indispensable, lorsque l’on met en œuvre une initiative de BYOD, de rassurer ses collaborateurs : ceux-ci doivent avoir la certitude que l’entreprise n’utilisera pas ses connexions pour accéder aux informations personnelles stockées sur leurs appareils. Selon un rapport du cabinet d’études Gartner intitulé « Predicts 2014: Mobile and Wireless », une initiative BYOD sur cinq sera considérée comme un échec d’ici 2016 en raison de problèmes de confidentialité.

« Un avantage attendu du BYOD est que les collaborateurs n’ont besoin d’emporter avec eux qu’un seul appareil », reprend D. Schofield. « Mais nous avons découvert que beaucoup d’employés continuent de venir avec deux appareils, parce qu’ils redoutent que l’entreprise puisse non seulement accéder à leurs données personnelles, mais aussi les perdre ou les détruire. »

LA BONNE DÉCISION

Trouver le bon équilibre entre la sécurité et la flexibilité est essentiel. « Les problèmes liés à la sécurité des données de l’entreprise et au respect de la vie privée des collaborateurs sont légitimes mais peuvent être résolus par des politiques et des outils appropriés », affirme D. Willis. « La politique doit énoncer clairement les droits des employés et ceux de l’employeur, et celui-ci doit se tenir aux exigences établies dans cette politique. »

La mise en place de certaines cloisons est nécessaire, comme le souligne M. Lane : « Notre approche consiste à déployer des logiciels via une application mobile, ce qui crée un environnement clos d’accès aux données de l’entreprise. Les collaborateurs saisissent un mot de passe pour entrer dans l’environnement de travail, qui est contrôlé et géré par l’entreprise. Tout ce qui est en dehors de cet environnement est personnel et l’entreprise n’y a pas accès. Il est impératif d’établir cette division sans ambiguïté. »

L’AVENIR DU BYOD ?

« Regardez autour de vous, de nombreux salariés apportent leur appareil personnel au travail », constate-t-il. « On voit cela dans presque toutes les entreprises. Certaines pensent qu’elles peuvent éviter le BYOD, mais en réalité elles se mettront en danger en refusant de l’adopter. On ne peut pas y échapper, c’est une pratique incontournable aujourd’hui en milieu professionnel, et ceux qui l’adoptent et l’utilisent judicieusement en tireront de réels bénéfices. »

D. Willis pense que les organisations tournées vers l’avenir utiliseront le BYOD pour se démarquer et atteindre une efficacité supérieure. « Les entreprises ont l’opportunité d’ajouter de nouvelles applications mobiles, utilisables par l’ensemble des collaborateurs », poursuit-il. « Par exemple, des outils collaboratifs tels que des capacités de partage et de synchronisation de fichiers sécurisés amélioreront la productivité des groupes. Aujourd’hui, on utilise beaucoup plus d’appareils mobiles dans l’entreprise et ce n’est qu’un début. »

D. Schofield n’est cependant pas aussi confiant. Il est convaincu que les entreprises doivent avancer avec précaution pour éviter de perdre de l’argent. « Si la consumérisation des entreprises en matière de services sans fil se poursuit, nous assisterons à un nivellement vers le bas », prévient-il. « Les opérateurs réalisent leurs marges en vendant d’avance des appareils au prix fort pour financer des charges mensuelles à long terme plus faibles. Si l’appareil tombe en panne, ils doublent leurs marges parce que sans appareil il ne peut y avoir de communication. » ◆

by Lindsay James Back to top