COMPASS MAGAZINE #14
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ÉDUCATION UNIVERSELLE Les Nations Unies susceptibles de tomber de haut

L’éducation universelle est l’un des huit objectifs de développement du millénaire établis en 2000 par les Nations Unies. Le but est qu’en 2015, les enfants du monde entier aient accès à un cycle complet d’études primaires. Cependant, de récents rapports laissent à penser que cet objectif ne sera pas atteint dans les temps.

En 2000, les états membres des Nations Unies reconnaissent d’une importance vitale que chaque enfant de la planète accède à un cycle complet d’études primaires. Objectif : sortir 500 millions de personnes de la pauvreté d’ici 2015. Aujourd’hui, cet accès à l’éducation, qui constitue l’un des huit objectifs de développement du millénaire établis par les Nations Unies, risque d’être compromis.

À l’origine, la progression était encourageante. Le nombre d’enfants non-scolarisés a chuté de 108 millions en 1999 à 61 millions en 2008, soit une diminution de près de 44%. Cependant, en 2012, alors qu’il ne restait plus que trois ans pour atteindre l’objectif fixé, le dixième rapport mondial de contrôle sur l’EPT (Éducation Pour Tous) a montré que le nombre d’enfants non-scolarisés stagnait. En outre, des millions d’enfants scolarisés n’étudient pas en raison d’un nombre insuffisant d’enseignants et du manque de formation de certains.

UNE PROGRESSION LABORIEUSE

L’une des raisons qui justifie cette stagnation est que les groupes les plus faciles à aider ont été pris en charge. « Ce sont maintenant les plus vulnérables et les plus marginalisés qui risquent de ne pas être scolarisés ou achever leur primaire », souligne Pauline Rose, directrice du rapport mondial de contrôle sur l’EPT pour l’UNESCO. « Parmi eux, on trouve les enfants migrants, qui se déplacent avec leur famille et ont besoin d’une école qui bouge avec eux. Certains enfants non-scolarisés souffrent probablement d’un handicap. Dans de nombreux pays, l’environnement scolaire est simplement inaccessible pour ces enfants, et il faut y remédier. » Amener l’éducation dans ces populations, c’est possible. Pauline Rose attire l’attention sur les initiatives de gouvernements et d’organisations non-gouvernementales (ONG) qui ont été couronnées de succès. En Afrique de l’Est, par exemple, les ONG Camfed et BRAC (Bangladesh Rural Advancement Committee) instruisent les filles des zones rurales, puis les aident à créer leur entreprise. Au Bangladesh, l’organisation à but non-lucratif Shidhulai Swanirvar Sangstha a construit des écoles flottantes alimentées à l’énergie solaire pour les enfants vivant en zones inondables. « Cependant, les initiatives de ce genre n’ont pas l’ampleur suffisante », reconnaît Pauline Rose.

TROUVER UN FINANCEMENT

Depuis 2000, la suppression des frais de scolarité a largement contribué à augmenter le nombre d’enfants scolarisés. « Plus de 55 millions d’enfants supplémentaires fréquentent les écoles aujourd’hui – et l’une des principales raisons de ce succès est que les frais de scolarité ont été supprimés dans de nombreux pays », souligne David Archer, responsable du programme de développement chez ActionAid, une ONG internationale de lutte contre la pauvreté. « Auparavant, dans 92 pays, les enfants devaient payer pour aller à l’école primaire, mais ces frais ont été supprimés au cours des dix dernières années. Rien que pour la Tanzanie et le Kenya, ce sont 4 millions d’enfants supplémentaires qui se sont inscrits à l’école depuis que la scolarité est gratuite. »

Cependant, si l’enseignement n’est pas financé par les frais de scolarité, qui couvrira son financement ? Apparemment, pas les donateurs internationaux. Pauline Rose a remarqué que la stagnation de la scolarisation coïncidait avec le gel ou la réduction des dons humanitaires internationaux pour le financement de l’éducation. « Ceci a un impact considérable sur certains des pays les plus pauvres, dont l’éducation est financée avant tout par l’État, mais qui ont toujours eu besoin d’un soutien financier », ajoute Pauline Rose. « Là où les frais de scolarité ont été supprimés, le besoin d’un financement supplémentaire est encore plus pressant. » En outre, selon David Archer, des financements subsidiaires sont nécessaires pour assurer non seulement la disponibilité de l’éducation universelle, mais sa qualité. « Si des millions d’enfants supplémentaires prennent le chemin de l’école, il est indis­pensable d’employer plus d’enseignants qualifiés – sinon, la qualité des résultats d’apprentissage diminuera. Aujourd’hui, 250 millions d’enfants scolarisés ne peuvent apprendre parce que les classes sont trop chargées et que les enseignants, peu formés, travaillent dans des conditions impossibles. »

LE SOUTIEN DU SECTEUR PRIVÉ

Selon le rapport mondial de contrôle sur l’EPT, le secteur privé a un rôle essentiel à jouer pour aider les gouvernements à financer l’éducation. « L’augmentation de l’aide du secteur privé à l’éducation pourrait faire une grande différence », affirme Pauline Rose. « Dans le secteur de la santé, par exemple, l’impact de Bill Gates – fondateur de Microsoft et cofondateur de la Fondation Bill et Melinda Gates – est énorme. Mais, à défaut d’avoir un Bill Gates pour l’enseignement, nous avons besoin du soutien du secteur privé pour atteindre nos objectifs. »

Le secteur privé apporte sa contribution, mais elle est insuffisante selon Pauline Rose. « Certaines organisations du secteur privé fournissent déjà un financement, soit via une fondation comme la Fondation MasterCard, soit via une assistance informatique, tel est le cas de Intel et Cisco. Mais, globalement, c’est une infime part de ce que reçoit l’éducation dans les pays en dévelop­pement ; cela représente environ 5% des dons humanitaires. »

Comme Bill Gates, les donateurs privés tendent à favoriser la santé plutôt que l’éducation, même si les deux questions sont étroitement liées. « Si tous les enfants vont à l’école et s’instruisent, les retombées positives sont énormes : amélioration de la santé pour cette génération et les suivantes, augmentation de l’émancipation des femmes et de la productivité, réduction du taux de VIH, augmentation de l’activité citoyenne et de la responsabilité démocratique », constate David Archer.

REPRENDRE DE L’ÉLAN

Les perspectives d’avenir de l’éducation primaire universelle restent une question ouverte, mais de nouveaux efforts sont réalisés pour relancer la progression. Par exemple, Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations Unies, a récemment lancé l’initiative « Education First » afin de réunir les nations, les entreprises privées et les fondations du monde entier en vue d’un coup de pouce final pour 2015 et au-delà. L’initiative vise à scolariser tous les enfants au cours des cinq prochaines années, en veillant à ce qu’un enseignement transformateur, pertinent et de qualité soit au cœur des programmes sociaux, politiques et de développement à travers le monde, et en générant des sources de financement grâce à la poursuite des efforts en faveur de l’éducation sur la scène internationale.

L’édition annuelle du rapport mondial de contrôle sur l’EPT, à paraître fin 2013, s’intéressera aux tendances antérieures, notamment concernant les groupes les plus vulnérables, afin de suggérer une date réaliste pour parvenir aux objectifs des Nations Unies en matière d’éducation. « Nous devons commencer à planifier l’après-2015, mais cela ne signifie pas que nous devions relâcher la pression maintenant », observe Pauline Rose. « Nous avons besoin que les uns et les autres se mettent au diapason et soutiennent l’éducation. » 

ÉDUCATION POUR TOUS

Le mouvement Éducation Pour Tous a été créé pour assurer une base d’éducation de qualité à chaque enfant, jeune ou adulte. Il a été lancé en 1990, lors de la Conférence Mondiale sur l’Éducation pour Tous, par 155 pays et organisations internationales. En 2000, le Forum Mondial sur l’Éducation a identifié six objectifs majeurs en matière d’éducation pour remplir ces engagements d’ici 2015. L’UNESCO coordonne actuellement les efforts mondiaux visant à atteindre ces objectifs.

de Jacqui Griffiths Retour en haut