COMPASS MAGAZINE #14
COMPASS MAGAZINE #14

AVIS D’EXPERT Internet des Objets : les pratiques courantes, c’est du passé

Ces 30 dernières années, Internet connectait les individus a l’information. Dans les 30 prochaines années, il connectera les individus, les données, les processus et les machines – des villes aux voitures et aux vêtements connectés – à l’information.

Cette évolution simple mais profonde transformera radicalement le terrain sur lequel les entreprises rivalisent : les fabricants et presque toutes les entreprises seront concernés par l’Internet des Objets (IdO). L’activité des fabricants n’est plus tant le produit physique que le logiciel qui le pilote, les autres dispositifs intelligents avec lesquels il peut être couplé et les expériences client que l’association du logiciel, la connectique et la coopération rendent possible. Imaginez des machines intelligentes, connectées, qui communiquent pour accomplir des processus améliorés et de nouveaux usages de l’automatisation (par exemple des voitures, des trains, des avions et des bateaux autonomes), une sécurité et un contrôle intelligents, une assistance aux tâches telles que le levage ou le nettoyage.

RISQUES ET COMPENSATIONS

Les produits connectés à l’IdO créent des opportunités d’offres qui peuvent :

• évoluer rapidement, grâce aux mises à jour logicielles sur Internet ;
• se connecter avec leur environnement et leur centre opérationnel, créant ainsi un dialogue constant entre fabricant, appareil et client ;
• réduire le gaspillage et améliorer l’efficacité opérationnelle grâce aux systèmes d’autodiagnostic et d’autoréparation, aux interfaces homme-ordinateur améliorées et à une automatisation réactive.

Bien entendu, une opportunité s’accompagne toujours de son lot de coûts et de risques. De nombreux fabricants traditionnels trouveront difficile de se transformer en entreprises de haute technologie sur des marchés qui évoluent rapidement. Bon nombre d’entreprises commettent des erreurs dans leur transformation parce qu’elles ont peu ou pas d’expérience du travail avec des logiciels. Souvent, leurs fournisseurs leur livraient les logiciels sous forme de composants, mais ce n’est plus suffisant aujourd’hui. Les fabricants doivent, par exemple, comprendre les « systèmes de systèmes » pour éviter de subir des effets secondaires inattendus.

Chaque industrie doit apprendre des faux pas de ses pionniers, de manière plus évidente encore dans le secteur automobile. Les systèmes d’infodivertissement constituent déjà un facteur de décision clé pour le consommateur, mais les fabricants ont appris à leurs dépens que ces systèmes doivent être protégés de manière fiable contre le piratage informatique. BMW, GM et Mercedes-Benz ont tous été victimes d’attaques de pirates sur leurs applications de liaison à distance pour smartphone. Fiat Chrysler a dû lancer un rappel de véhicules parce qu’une faille dans son système d’info-divertissement permettait aux pirates de prendre le contrôle des véhicules.

CONSEIL D’EXPERT

Malheureusement, ces failles, causées par un logiciel qui a échoué a les prémunir contre des scénarios d’attaque bien connus des professionnels de la sécurité sur Internet, vont inévitablement se répéter puisque les fabricants, dans d’autres industries, se précipitent pour réclamer leur part de marché de l’IdO. Pour éviter ces erreurs, toutes les entreprises doivent reconnaître qu’elles se transforment en concepteurs de logiciels. L’IdO va seulement gonfler les enjeux. La sécurité logicielle doit être traitée comme le pilier central des systèmes critiques de sécurité et être intégrée dans la conception dès le départ.

Les entreprises, surtout dans l’ingénierie, peuvent bénéficier du travail accompli par les experts en informatique des entreprises, qui ont développé des outils de gestion du cycle de vie d’une application (Application Lifecycle Management ou ALM) afin d’améliorer la fiabilité et la sécurité logicielles. L’ALM couvre la gestion de projet, des contraintes, des tests, de la diffusion et bien d’autres encore, avec une traçabilité et une visibilité dans l’évolution d’un projet logiciel en temps réel. Dans un environnement réglementé, la traçabilité est essentielle. Elle enregistre les contraintes d’origine, les raisons pour lesquelles des modifications sont apportées, l’auteur et la date de ces modifications. Intégrer l’ALM aux systèmes de gestion du cycle de vie d’un produit est la prochaine étape clé pour permettre aux ressources logicielles d’être pistées à travers les différentes disciplines d’ingénierie et accroître l’innovation logicielle en gérant la complexité des logiciels.

LA VOIE À SUIVRE

La technologie elle-même peut aussi être utile. Par exemple, les fabricants de semi-conducteurs mettent au point des crochets de sécurité câblés dans les puces électroniques, permettant des dispositifs de sécurité profondément intégrés. Certaines imprimantes 3D peuvent intégrer des dispositifs de sécurité similaires directement dans leurs composants produits en 3D. Plus important toutefois, les acteurs de l’IdO doivent s’accorder sur les protocoles et les normes de qualité afin de créer un environnement IdO riche et hétérogène.

Les opportunités de réaliser la vision IdO sont réelles. Les logiciels peuvent représenter un défi, mais il suffit de voir combien nous avons progressé pour savoir que, malgré les difficultés, nous pouvons réaliser notre vision.

PROFIL

Michael Azoff est analyste principal pour l’Ovum Infrastructure Solutions Group, basé au Royaume-Uni. Il apporte au secteur de l’informatique plus de 20 ans d’expérience dans la recherche fondamentale, la recherche appliquée et le conseil. Ses domaines d’activité actuels comprennent le développement et la gestion du cycle de vie des logiciels, les processus agiles et DevOps, le développement mobile de l’informatique d’entreprise et l’apprentissage automatique.

de Michael Azoff Retour en haut