COMPASS MAGAZINE #14
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CLOUD COMPUTING La location de matériel informatique et de logiciels arrive à maturité

Le cloud, comme tant d’autres nouvelles technologies qui transforment les entreprises et la société, séduit de plus en plus. Ses avantages en termes de coûts et de flexibilité n’étant plus à prouver, le plus grand défi que les entreprises doivent maintenant relever consiste à intégrer dans leurs systèmes les différents services fournis par le cloud.

À tous les dirigeants en permanence sur le qui-vive, qui passent leurs nuits à se débattre avec des cycles économiques en constante évolution et toujours plus vite, le cloud computing (l’informatique en nuage) offre une solution très avantageuse : une flexibilité qui permet d’apprendre, se tromper et s’adapter rapidement, afin de pouvoir minimiser les pertes de l’entreprise et passer à l’opportunité suivante.

« Essuyer un échec, ce n’est pas grave tant que vous en tirez les conséquences et que vous allez de l’avant », explique Shawn Rogers, vice-président de la recherche, de la veille économique et du stockage des données chez Enterprise Management Associates (EMA), une société de services de cloud computing basée aux États-Unis. « Simplement, votre échec ne doit pas vous prendre deux ans. Ce n’est pas l’échec en lui-même qui est terrifiant, mais d’échouer lentement. »

Pour S. Rogers, le cloud computing permet aux entreprises de déployer de nouvelles stratégies plus rapidement qu’avec les précédents modèles informatiques. Ces entreprises peuvent ainsi se montrer plus compétitives pour faire face à l’évolution accélérée d’un monde économique axé sur les données et aux capacités accrues par l’outil numérique. La vitesse revêt une importance critique pour réussir dans un environnement où de nouveaux concurrents peuvent surgir du jour au lendemain et où les exigences du marché évoluent de manière presque aussi soudaine.

De tous les avantages promis par le cloud computing (infrastructure élastique des technologies de l’information, déploiement rapide des données et des applications, productivité supérieure, meilleur contrôle des coûts, support de la mobilité), la mise en place rapide de nouvelles stratégies et en constater les effets n’est pas le moindre.

PLUS EFFICACE, PLUS RAPIDE, PLUS FORT

Quand Revlon, fabricant de cosmétiques américain, a lancé un programme visant à unifier son fonctionnement à l’échelle mondiale, David Giambruno, vice-président senior et directeur informatique, a décidé de procéder à la virtualisation de la quasi-totalité de ses fonctionnalités informatiques auprès d’un prestataire externe de services de cloud. Lors d’un entretien avec le fournisseur de services de virtualisation de Revlon, D. Giambruno a expliqué que sa décision n’avait pas pour objectif de réduire le budget informatique de la société (2% d’un chiffre d’affaires de US$1,4 milliard), mais plutôt de rendre le fonctionnement de Revlon plus efficace et plus simple.

« Aujourd’hui, la plupart des entreprises comprennent que le cloud a révolutionné l’informatique. »

Stephane Maarek OUTSCALE

C’est en 2011 que Revlon a transféré plus de 500 applications informatiques, soit 98% de sa charge totale, à un service de cloud privé. Depuis ce transfert, la société a économisé US$70 millions, augmenté de 300% sa capacité de traitement des projets, et réduit la période de non-fonctionnement à néant et la consommation énergétique de son centre de données de 70%. En termes de souplesse, l’avantage du cloud pour le fonctionnement de Revlon a été clairement mis en évidence lorsque le centre de données de la société au Venezuela a été détruit par un incendie. Deux heures ont suffi pour que le centre du New Jersey prenne le relais.

Le cloud se décline en de nombreuses variétés. Comparer les coûts de la structure informatique que l’on possède sur site par rapport aux coûts du cloud peut s’avérer complexe. La société internationale d’analyse et de recherche en informatique Gartner estime, par exemple, qu’être propriétaire de ses applications logicielles et les gérer soi-même peut revenir chaque année à quatre fois le prix d’achat initial. Cependant, le coût total de possession (TCO, Total Cost of Ownership) des solutions SaaS (Software as a Service) dépasse le cadre de l’investissement initial dans les licences de SaaS et recouvre également les dépenses relatives à la personnalisation, l’évolutivité, l’intégration avec les applications existantes, la formation et l’assistance, ce qui rend toute comparaison pratiquement impossible.

La comparaison semble plus facile pour la location de matériel informatique sur le cloud, qui reviendrait, selon les conclusions du McKinsey Global Institute (MGI), cabinet de conseil en gestion, à un tiers du prix d’achat et de maintenance de l’équipement sur site. Cela permet de comprendre pourquoi, selon les prévisions du Cisco Global Cloud Index, le trafic mondial du cloud devrait être multiplié par six d’ici 2019.

GROUPEMENT DE CLOUDS

Le concept du cloud computing fait son chemin depuis près de 20 ans. Salesforce.com a été fondé sur le cloud il y a 15 ans. Workday, une société de services de cloud pour les ressources humaines a été créée en 2005 et Amazon Web Services a commencé à fournir ses services aux entreprises en 2006. Des améliorations technologiques, parmi lesquelles une augmentation considérable de la bande passante et de la vitesse des réseaux, aident le cloud computing à atteindre la masse critique. Selon un rapport du MGI publié en 2013, la plupart des services et applications informatiques et sur Internet pourraient, en 2025, être fournis sur le cloud. Ceci représenterait un impact économique de US$6 200 milliards.

Première difficulté à résoudre pour un directeur informatique : décider à quel moment et de quelle manière investir dans le cloud. À partir de là, les dirigeants doivent gérer la transition des opérations de l’entreprise vers le cloud, et donc transformer les processus et redéfinir les rôles et responsabilités au sein du service informatique.

« Les départements informatiques se sont développés au fil de la croissance des entreprises, et on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas assez de personnel pour tout faire en interne », explique Stéphane Maarek, vice-président du développement commercial chez Outscale, société de services de cloud basée en France. « Il est difficile de trouver des talents. Grâce au cloud, vous cesser de créer en interne ce qui peut être fait en externe, et libérez ainsi vos collaborateurs qui peuvent alors contribuer à la planification stratégique. »

US$ 6 200 milliards

MGI estime qu’en 2025, l’impact économique des services et des applications informatiques et sur Internet fournis sur le cloud atteindra US$6 200 milliards.

Jeanne Ross, directrice et chercheuse principale au Centre des systèmes d’information du Sloan Center for Management du MIT, trouve d’autres avantages au cloud. « Le cloud a ceci d’intéressant qu’il vous impose une certaine discipline, parce que vous ne pouvez pas le personnaliser », remarque-t-elle. « Vous pouvez le configurer, mais pas le personnaliser. Et c’est surprenant comme on avance beaucoup plus vite quand il n’est pas possible de procéder à une personnalisation. C’est vraiment dommage que tant de gens aient peur du cloud pour des raisons de sécurité. La plupart des entreprises qui ont mis le paquet sur le cloud trouvent qu’il assure une sécurité bien supérieure, parce que le prestataire effectue des mises à jour en permanence. »

Selon un sondage mondial intitulé « Impact of Cloud on IT Consumption Models », réalisé en 2013 par Cisco en partenariat avec Intel, la sécurité des données est l’une des préoccupations premières, mais aussi l’un des facteurs déterminants pour son adoption. Les sondés estiment que les fournisseurs de services de cloud peuvent être plus efficaces pour sécuriser leurs données que n’importe quelle société. Par ailleurs, les résultats de l’étude, réalisée auprès de 4 226 directeurs informatiques dans 18 secteurs d’activité et sur neuf marchés majeurs, montrent que de solides capacités en matière de sécurité et de protection des données sont des facteurs essentiels pour s’assurer leur adhésion. Voilà de quoi motiver les fournisseurs de cloud à ne pas décevoir l’optimisme des dirigeants.

LES SERVICES DE CLOUD AUJOURD'HUI

Certains observateurs de l’industrie ont décrit le cloud computing comme étant plutôt un « sky computing » (« ciel informatique ») contenant de nombreux clouds (« nuages »), ceux-ci étant des catégories distinctes de services informatiques externalisés dans lesquelles on peut puiser selon ses besoins. Parmi ces catégories, on trouve :
le NaaS (Network as a Service) : les utilisateurs accèdent à des services de connectivité, y compris à des réseaux privés virtuels (VPN) flexibles et étendus, et à une bande passante à la demande.
l’IaaS (Infrastructure as a Service) : elle fournit des ordinateurs et d’autres ressources, telles que du stockage de données, des logiciels, des pare-feu et des adresses IP, depuis de grands centres de données physiques connectés par Internet ou VPN.
le SaaS (Software as a Service) : les utilisateurs achètent l’accès à des bases de données et des logiciels d’application. Les services de SaaS sont généralement facturés sur la base d’un paiement à l’utilisation assorti de frais d’abonnement.
le PaaS (Platform as a Service) : les utilisateurs de ce service accèdent à des systèmes d’exploitation, des bases de données et des serveurs Internet, ce qui leur permet de travailler en évitant les dépenses et
les désagréments liés à l’achat et à la gestion de leurs propres outils.

« Le cloud a ceci d’intéressant qu’il vous impose une certaine discipline, parce que vous ne pouvez pas le personnaliser. »

Jeanne Ross MIT Sloan School of Management

Le cloud existe en version publique, qui correspond à des services accessibles via un réseau public comme Internet ; la version communautaire, utilisée pour un groupe d’organisations partageant une infrastructure de cloud ; et la version privée, lorsque l’architecture de cloud est dédiée à une seule et même organisation. Les clouds hybrides associent au moins deux versions différentes.

« Il y a dix ans, on essayait de comprendre l’idée du cloud », observe S. Maarek. « Aujourd’hui, la plupart des entreprises comprennent que le cloud a révolutionné l’informatique. Outre les économies qu’il permet de réaliser, il ouvre la porte à de nouveaux scénarios. Il aide les entreprises à investir dans des projets auxquels elles devraient renoncer sans lui. Il aide les entreprises à échouer plus rapidement et à réussir plus rapidement. En fait, il accélère tout. »

Même si S. Maarek reconnaît que de nombreux dirigeants d’entreprise réfléchissent prudemment à la meilleure façon d’approcher les services de cloud, il est évident que la tendance globale est à son adoption. « Il suffit que quelques-uns se jettent à l’eau pour que tout le monde suive. »

BIEN CHOISIR SON CLOUD

Top 10 des points à examiner selon Shawn Rogers, EMA :
• Prix: en termes de coût total de possession, le cloud peut être plus cher que des solutions internes ; il faut calculer et comparer.
• Architecture: comprenez-la. Les petites sociétés de cloud ont parfois du mal à faire correspondre les fonctionnalités avec les besoins d’une entreprise.
• Gestion des services: examinez soigneusement les accords de service.
• Transparence: « J’aime les sociétés de cloud qui acceptent d’avouer qu’elles sont en échec », déclare S. Rogers. « Il n’est pas raisonnable d’attendre de ces sociétés qu’elles soient parfaites. »
• API: interface de programmation (Application Programming Interface), pour la qualité des communications entre applications.
• Sécurité: les sociétés de cloud ont fait des progrès impressionnants pour répondre à ces préoccupations légitimes ; effectuez dès lors votre due diligence.
• Validation du concept : demandez des essais gratuits, des tests d’évolutivité et d’intégration.
• Formation: sous quelle forme le fournisseur la dispensera-t-il ? Séminaires, formation sur site ou conférences ?
• Solidité du fournisseur: examinez sa structure de gestion et son organisation. Vous devez avoir confiance en sa stabilité.
• Stratégie de sortie: « On ne pense jamais aux conséquences en cas de rupture de contrat, pourtant cela peut poser problème », remarque S. Rogers. « J’ai déjà vu des accords prévoyant des pénalités dans ce cas. »

de Dan Headrick Retour en haut