COMPASS MAGAZINE #14
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ÉNERGIE & PROCÉDÉS CAPTURER L’ÉNERGIE

Les médias mettent en doute l’avenir de l’énergie éolienne. Alina Bakhareva, responsable du programme Energies Renouvelables pour l’Europe, Energy and Environment Business Practice chez Frost & Sullivan, voit plus loin que les détracteurs et se focalise sur les succès du secteur.

COMPASS: le marché de l’énergie éolienne se développe-t-il ? 

ALINA BAKHAREVA:  La production des nouvelles installations à l’échelle mondiale est passée de 38 GW (gigawatts) en 2009 à 45 GW en 2012. Cette croissance a été spectaculaire en Europe, surtout en Allemagne et en Espagne, entre 2005 et 2009. Les pays en développement, comme la Chine et l’Inde, connaissent une forte progression de leur capacité. La Chine, qui s’est fixé un objectif de développement de technologies vertes dans le cadre de son plan quinquennal, a dynamisé le marché mondial, devenant le numéro un en 2011 et 2012. Les États-Unis disposent d’un potentiel énorme en raison de leur taille, mais il s’agit d’un marché en dents de scie. Lorsqu’un crédit fédéral est en place, le marché est boosté. Mais lorsque le Congrès valide une extension au dernier moment, cela crée un décalage.

Ce marché a-t-il encore besoin de l’aide du gouvernement ?

AB: La politique gouvernementale est la clé de l’essor de tout nouveau marché. En Allemagne, c’est la loi sur l’énergie renouvelable – Erneuerbare-Energien-Gesetz (EGG) – qui a permis à ce marché de décoller. Depuis la création des tarifs de rachats dans le cadre de l’EGG, ce modèle s’est avéré être le meilleur pour soutenir le secteur, attirer les investisseurs et instaurer la confiance.

Chaque pays procède à un examen critique du mécanisme de soutien qu’il a choisi. En Allemagne et au Royaume-Uni, le gouvernement effectue, tous les un ou deux ans, le bilan de l’aide accordée à chaque type d’énergie renouvelable. Il compare le coût du capital et les coûts d’exploitation afin de déterminer le budget à affecter à l’énergie éolienne pour la rendre compétitive pour les investisseurs. Je pense que l’équilibre atteint est correct, tout simplement parce que la capacité éolienne croît encore.

La production d’énergie éolienne est intermittente. Peut-elle être stockée ?

AB: Le stockage de l’énergie est le sujet du moment. La Chine, de loin le marché le plus avancé dans le développement du raccordement au réseau, a mis en place un programme pilote de stockage de l’énergie à l’aide de batteries lithium- ion (Li-ion). Cette solution est constituée d’un conteneur rempli de batteries Li-ion (jusqu’à 32 mégawatts) dans une unité unique. Vous pouvez ainsi stocker de l’énergie lorsque le vent souffle vraiment fort et l’injecter ultérieurement dans le réseau, lorsque la demande est élevée ou que la produc­tion des centrales est insuffisante. 

Parlez-nous du marché de l’éolien offshore.

AB: L’éolien offshore en est encore à ses débuts. Les coûts sont élevés, mais à mesure que de nouvelles fermes éoliennes sont déployées et les expériences cumulées, les frais d’installation baisseront. Ce marché a beaucoup à apprendre de celui de l’offshore pétrolier et gazier, solidement établi et fondé sur de bonnes pratiques en termes de sécurité de l’exploitation et de la maintenance. Il faut maintenant déterminer des façons plus efficaces de transférer ces connaissances à d’autres industries maritimes. 

Quels sont les défis rencontrés par les fabricants ?

AB: La concurrence est rude entre les fabricants. La majorité des développeurs de projets importants n’envisageront pas d’acheter des éoliennes à un fabricant si celui-ci n’a pas déjà installé X mégawatts dans une zone géographique donnée. Ils veulent voir le parc éolien fonctionner et fournir de l’énergie dans différentes conditions de vent, conformément au cahier des charges. Sinon, ils n’ont qu’une confiance limitée dans le matériel.

Le second défi tient à la conjoncture économique actuelle. Pour être en mesure de concurrencer la production d’énergie traditionnelle en termes de coûts, les fabricants doivent alléger le matériel et le rendre plus efficace, afin qu’une ferme éolienne en tant qu’unité soit plus productive.

Quel est l’avenir de l’énergie éolienne ?

AB: De nombreux pays s’attèlent à rendre leur réseau assez flexible pour intégrer la quantité variable d’énergie produite par une centrale éolienne, sans dégrader la souplesse, le niveau de sécurité et la fiabilité pour chaque utilisateur. Au Danemark, la situation est très simple ; il suffit de demander aux Norvégiens d’ajuster la production de leurs centrales hydroélectriques, qui peuvent entrer en action à tout moment. Le stockage par pompe hydraulique reste à ce jour la solution la plus économique, parce qu’elle a fait ses preuves et nécessite un minimum de maintenance.

Cependant, en Turquie, le gouvernement a demandé à tous les exploitants de parcs éoliens de prévoir leur production d’énergie éolienne 13 heures à l’avance, afin de savoir quelle quantité d’énergie pourra être injectée dans le réseau. Si leur production est supérieure ou inférieure à la quantité prévue, ils écopent d’une amende. En intégrant une solution de stockage à leur parc éolien, ils pourraient contrôler leur production et réaliser leurs prévisions, mais cela représente un coût supplémentaire.

En Chine, les conditions et les vents très forts dans le Nord sont propices au développement de l’éolien, mais la demande énergétique est en majeure partie localisée dans le Sud. Pour résoudre ce problème, la Chine construit un réseau électrique à haute tension reliant le Nord au Sud.

 PROFIL

Alina Bakhareva est experte en énergie renouvelable chez Frost & Sullivan. Forte de son expérience dans la recherche, le conseil et la gestion de projets, elle a réalisé des études de marché pour de nouveaux produits et équipements, élaboré des « bests practices » et des stratégies d’acquisition, et évalué les opportunités tout au long de la chaîne de valeurs.

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de Rachel Callery