COMPASS MAGAZINE #14
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LA GESTION PAR INDICATEURS La gestion de l’information, meilleure alliée du secteur minier

Même les compagnies minières qui utilisent les technologies les plus sophistiquées réalisent que ceux qui disposent des informations pertinentes détiennent les clés du succès.

Dans le Nunavut au Canada, à environ 2 600 km au nord-ouest de Toronto, un engin d’extraction gigantesque tombe en panne à la mine d’or de Meadowbank, menaçant de réduire la production de 5 %, ce qui pourrait couter des millions de dollars à l’exploitant. Mais l’entreprise aurifère Agnico Eagle a intégré un nouveau logiciel de planification et de production minière.

Plutôt que perdre des semaines à planifier avec des outils obsolètes, l’entreprise a simulé plusieurs plans de vie de la mine, testé leurs impacts sur la production et décalé des opérations en à peine quelques jours. « De tels outils contribuent au bon déroulement des opérations, ce qui permet d’envisager diverses options et d’évaluer les différences de conception », déclare Eric Ramsay, géologue minier en chef chez Agnico Eagle.

SOUTIEN CROISSANT DU ‘LEAN MINING’

De plus en plus de dirigeants de l’industrie minière demandent un investissement accru dans de nouveaux processus d’entreprise, comme l’a fait Agnico Eagle. Selon eux, l’avenir de l’industrie dépend de la faculté des entreprises minières à coordonner des informations dynamiques sur un ensemble d’opérations complexes.

Le terme lean (efficacité dans la production) fait référence au système de production de Toyota affiné dans les années 1970 et 1980, étendu ensuite au monde entier pour transformer la production industrielle moderne. La gestion lean recouvre des concepts simples qui n’ont cessé d’évoluer, en grande partie parce qu’ils nécessitent que chaque employé dispose des informations pertinentes au bon moment, pour travailler avec une efficacité optimale. « Il est important que les groupes miniers et les pratiquants du lean distinguent pensée lean et automatisation », déclare Paul Smith, directeur de Shinka Management, cabinet de conseil australien qui accompagne les entreprises minières dans la mise en place de pratiques commerciales basées sur le lean. « Le lean manufacturing a toujours rejeté les solutions high-tech couteuses pour la gestion des processus, préférant se tourner vers des améliorations à peu de frais ou sans frais, dans la mesure du possible. »

DE NOUVEAUX MODÈLES ÉCONOMIQUES

L’extraction minière est une activité volatile qui fonctionne généralement par cycles d’expansion-récession soumis aux caprices de la nature, aux politiques locales et aux fluctuations du cours des actions. Les nouvelles technologies améliorent la production mais les experts du secteur estiment que c’est insuffisant. Les pratiques opérationnelles, mais également les modèles économiques doivent être optimisés afin de supprimer le gaspillage, atténuer les fluctuations de la production, éviter les accidents et s’adapter aux imprévus toujours possibles.

« LA VOIE À EMPRUNTER EST CHAQUE JOUR DIFFÉRENTE ; TOUTES SORTES DE DÉCISIONS COMPLEXES DOIVENT ÊTRE PRISES EN CHEMIN. »

MIKE MACFARLANE INGÉNIEUR ET CONSULTANT DANS L’INDUSTRIE MINIÈRE

« Une mine à ciel ouvert est facile à automatiser, alors qu’une mine souterraine est semblable à une ville miniature », explique Mike MacFarlane, un vétéran de l’industrie minière qui, en tant que consultant fort de 35 ans d’expérience, encourage les entreprises à adopter une nouvelle approche. « La voie à emprunter est chaque jour différente ; toutes sortes de décisions complexes doivent être prises en chemin. Le principal levier de changement consiste à obtenir la participation des employés. » C’est là que réside notre opportunité d’évolution, et pas seulement dans la gestion des opérations de terrassement. Les gouvernements et communautés doivent également prendre part au processus. « Près de US$25 milliards de projets miniers ont été retardés ou suspendus en raison de problèmes liés à la durabilité et aux intervenants », déclare Mark Cutifani, directeur général d’Anglo American basé à Londres, l’une des principales entreprises minières au monde, lors d’une présentation en 2014 aux analystes ISR (investissement socialement responsable).

APPRENDRE DES AUTRES SECTEURS

M. Cutifani co-préside un groupe de travail de la plateforme Kellogg Innovation Network (KIN), qui a pour but de faire évoluer les mentalités des groupes miniers quant à leur fonctionnement dans un écosystème plus vaste regroupant des intérêts écologiques, commerciaux et culturels. « Cette évolution doit s’effectuer en dehors de la structure industrielle traditionnelle, en s’inspirant des idées et de l’expérience d’autres secteurs », explique-t-il dans un livre blanc publié suite aux délibérations du KIN.

Certains groupes travaillent déjà à la réorganisation de leur modèle économique. Par exemple, le géant minier Rio Tinto a lancé une opération dans son nouveau centre d’excellence basé à Pune (Inde), visant à analyser une masse de données de recherche, de productivité et d’informations recueillies par capteurs issues des équipements fixes et mobiles de l’entreprise, afin de prévoir et éviter les temps de panne, et d’améliorer la sécurité et la productivité. Une première dans l’industrie. « Le centre nous aidera à identifier avec une extrême précision la performance opérationnelle de nos équipements », déclare Greg Lilleyman, responsable du pôle Technologie et innovation chez Rio Tinto. Rio Tinto est dirigé par Sam Walsh, ancien cadre automobile et ardent défenseur du lean management qui se concentre sur l’exploitation du Big Data pour tirer plus de bénéfices de l’activité, et sur la simulation informatique pour prédire et planifier l’avenir de l’entreprise.

DÉMONTRER LA VALEUR DU ‘LEAN MINING’

La mine d’or de Meadowbank a enregistré 1,2 million d’onces de réserves probables depuis son ouverture en 2010, démontrant le point de vue de S. Walsh. Le site a économisé US$1,4 million et a augmenté sa production de 70 000 onces au cours des derniers mois, simplement en gérant les informations de manière plus fluide pour une conception de remblai plus efficace.

C’est exactement le type de résultat qu’imaginait à la fin des années 40 Taiichi Ohno, ingénieur industriel japonais et père du lean manufacturing (gestion à flux tendu), lorsqu’il constata qu’une communication efficace des informations était essentielle au bon fonctionnement des supermarchés modernes aux États-Unis. T. Ohno a ensuite appliqué ses idées à Toyota et changea le monde. Armés de ces concepts et des nouveaux outils d’information, le secteur minier a l’opportunité à son tour de se transformer pour l’avenir. ◆

by Dan Headrick Back to top