COMPASS MAGAZINE #14
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ÉNERGIE & PROCÉDÉS MONTER EN PUISSANCE

La population mondiale a franchi le cap des 7 milliards et devrait atteindre 10 milliards vers 2100, d’après les estimations des Nations Unies. Associée à l’industrialisation des pays en développement, cette croissance garantit une accélération de la demande en énergie. Mais d’où viendra-t-elle, et sous quelle forme ? Chaque pays apporte une réponse différente.

Le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide ? Tout dépend de qui regarde le verre :

   - Le sol américain regorge de gaz naturel, mais la pollution des nappes phréatiques et autres effets secondaires suscitent une inquiétude croissante

   - Depuis la mise en péril de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon par le tremblement de terre et le tsunami en 2011, les Allemands rejettent le nucléaire

   - Dans une Chine en plein essor industriel et dépendante de l’énergie fournie par de vieilles centrales à charbon, le smog menace la santé des habitants.

D’un pays à l’autre, les indicateurs qui permettent d’évaluer les combinaisons possibles dicteront une politique énergétique différente en fonction des problématiques environnementales, du coût, de la dispo­nibilité et de la fiabilité de ces énergies.

C’EST NATUREL

Le boom du gaz naturel américain a ouvert des perspectives si prometteuses en termes de coûts que, pour certains experts, le pays est en passe de devenir l’« Arabie Saoudite du gaz ». Cependant, ce secteur rencontre de nombreuses incertitudes selon Michael Burr, rédacteur en chef de Public Utilities Fortnightly. « Les inquiétudes liées à la contamination des eaux souterraines et aux effets sismiques potentiels de la technique de fracturation, pourrait durcir la réglementation au niveau fédéral, étatique et local. » Le gaz est néanmoins reconnu comme le « plus propre » des combustibles fossiles, capable de satisfaire aux exigences de qualité de l’air plus facilement que le charbon. « Avec de tels prix du gaz, je ne comprends pas que l’on construise une centrale qui ne soit pas alimentée au gaz », s’étonne David Crane dans CEO Forum 2012 de Fortnightly. David Crane, PDG de la société NRG Energy, qui exploite l’un des plus grands parcs de centrales électriques des États-Unis, poursuit : « Je ne sais pas comment on peut justifier le charbon ou le nucléaire ».

L’ÉLECTRICITÉ DU NUCLÉAIRE

D’autres pays sont convaincus qu’un investissement dans ces sources peut se justifier, affirme Ken Barry, du programme de technologie nucléaire avancée, Electric Power Research Institute (centre à but non lucratif pour la recherche sur l’énergie électrique). Il constate que 66 centrales nucléaires sont en cours de construction dans le monde, pour la majeure partie en Chine, en Russie et en Inde. 487 centrales supplémentaires font l’objet d’une propo­sition ou sont en cours de programmation.

« Après avoir évalué les avantages de l’énergie nucléaire et les défis associés, ces pays ont décidé de sauter le pas », explique Ken Barry. « Le secteur a tiré de nombreuses leçons du passé, et les nouveaux concepts appliquent les meilleures pratiques. » Toutefois, le nucléaire rencontre des freins politiques dans certains pays, dus notamment au stockage du combustible usé.

ET LE CHARBON ?

Malgré les alternatives, le charbon reste le principal combustible en termes de parts de production électrique — plus de 40% — selon l’AIE (Agence Internationale de l’Énergie). Comme l’écrit l’économiste en chef à l’AIE Fatih Birol dans l’édition actuelle du rapport World Energy Insight, « le charbon reste le principal pilier de la production d’électricité. C’est le combustible qui a soutenu l’industrialisation rapide des économies émergentes, aidant à sortir des millions de personnes de la précarité énergétique. »

La Chine, qui connaît une émergence rapide, est passée du statut d’exportateur net de charbon à celui d’importateur net (devant les États-Unis et l’Inde en termes de consommation). Cependant, la combustion du charbon peut exiger des contreparties non négligeables. La technologie du « charbon propre », et celle du captage et du stockage du carbone (CCS) pourraient en fin de compte permettre de concilier l’utilisation du charbon avec la nécessité de réduire les émissions de CO2, selon Fatih Birol.

Cependant, le CCS est encore au stade d’exploration. RWE npower, fournisseur britannique d’électricité, a récemment franchi un cap important en capturant sa première tonne de CO2 dans la centrale d’Aberthaw, au Pays de Galles. « Cette centrale pilote fournira des données précieuses sur les chances de réussite du captage du CO2 à l’échelle industrielle, et aidera RWE à mieux comprendre de quelle manière cette technologie pourrait permettre de réduire les émissions de CO2 des centrales électriques au charbon », observe Kevin Nix, responsable de Hard Coal and Gas, U.K., chez RWE Generation.

LES ALTERNATIVES

Les sources d’énergie alternatives telles que l’éolien restent dans la partie, car elles deviendront de plus en plus rentables à mesure que les investissements dans les nouvelles technologies se poursuivent. « De nombreuses avancées technologiques se préparent, et rendront les éoliennes plus rentables », explique Paul Dvorak, rédacteur en chef de Windpower Engineering. « Les progrès des matériaux et de la technologie devraient accroître leur efficacité énergétique et leur rentabilité au fil du temps. »

« De nombreuses avancées technologiques se préparent et rendront les éoliennes plus rentables. »

Paul Dvorak Rédacteur en Chef, Windpower Engineering

Les observateurs de cette industrie sont par ailleurs optimistes quant aux centrales à gaz à cycle combiné (combined-cycle gas-fired plants, CCTG), dont le rendement peut atteindre la valeur record de 60% (une centrale à charbon classique atteint 33%). Ces CCTG démarrent et s’arrêtent plus rapidement, ce qui en fait les partenaires idéaux des énergies fluctuantes telles que l’éolien et le solaire.

COMBINAISON IDÉALE

L’échelle est le véritable facteur qui doit inciter les pays à poursuivre leurs études d’options énergétiques. A ce jour, les spécialistes s’accordent à dire que les combustibles fossiles resteront cruciaux dans les prochaines décennies.

« À mesure que nous approchons de la fin du 21ème siècle, le pétrole et le charbon perdront quelque peu de leur importance, alors que le gaz naturel, le nucléaire et les énergies renouvelables gagneront du terrain », écrit le Dr Scott Tinker, directeur du Bureau de Géologie Economique et géologue d’état au Texas, dans le rapport 2011 Global Energy Utilities & Mining Conference. « Le pétrole et le charbon occuperont encore une place importante dans notre économie énergétique. Ils sont abondants, efficaces et abordables, et donc difficiles à remplacer. »

de Lynn Manning Retour en haut