COMPASS MAGAZINE #14
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ARCHITECTURE ET CONSTRUCTION ROMPRE AVEC LA TRADITION : Pourquoi le secteur du bâtiment a besoin d’une révolution industrielle

Récemment encore, le secteur de la construction souffrait de son impasse sur la technologie, se basant sur des processus et procédures archaïques pour gérer des projets modernes et complexes. Aujourd’hui, ces logiciels qui rendent certaines industries si efficaces sont déployés dans la construction. Le Dr Perry Daneshgari, consultant expert dans ce domaine, explique pourquoi cette industrie doit évoluer.

Malgré les progrès rapides des nouvelles technologies et leur adoption accrue dans diverses industries, le secteur de la construction reste à la traîne. Des études menées par Tulacz, Armistead et le National Institute of Standards and Technology américain pour la CTCI (Classification Type pour le Commerce International) ont révélé 25% à 50% de perte dans la coordination de la main-d’oeuvre et la gestion, le déplacement et l’installation des matériaux. Les compétences sont souvent sous-exploitées, nombre d’accidents pourraient être évités, et la productivité reste peu élevée.

Avec la perspective d’une croissance importante – PriceWaterhouseCoopers (PwC) prévoit qu’à la fin de la décennie, le secteur du bâtiment représentera plus de 13% de l’économie mondiale – il est temps d’entreprendre le changement.

Dr. Perry Daneshgari, consultant du secteur du bâtiment, connu pour prôner le contrôle des processus et des produits, est convaincu que le secteur de la construction doit s’inspirer de l’économiste Adam Smith.

« Les idées d’Adam Smith sur la séparation des tâches et la division du travail sont appliquées depuis 250 ans pour produire des biens en grande quantité, à des prix abordables », souligne le Dr Daneshgari. « L’accélération de la productivité est due à la maîtrise statistique des processus (SPC), qui contribue à la fois à générer l’offre et satisfaire à la demande. »

UNE MÉTAMORPHOSE INCROYABLE

Les processus de construction n’ont quasiment pas changé depuis des siècles, avec une main-d’oeuvre trop qualifiée pour les tâches attribuées dans 80% des cas. « Produire des composants dans une usine permet de confier la fabrication à des opérateurs de moindre qualification », poursuit le Dr Daneshgari. « Ceci réduit les coûts et le re-travail sur site, améliore la qualité et permet un total contrôle opérationnel. Dans ce système, le travail sur site consiste à assembler des pièces de qualité garantie, qui conviennent parfaitement à l’usage fixé. »

La démarche SPC appliquée au secteur automobile a permis de produire de meilleures voitures moins chères. Le Dr. Daneshgari estime que l’absence de cette méthodologie dans le domaine du bâtiment mène au gaspillage et à une envolée des prix. Selon lui, la dynamique est sur le point de changer.

« De nouveaux types d’entreprises considèrent le bâtiment comme une opportunité fantastique. Par exemple, un spécialiste de la climatisation (www.broad.com) a élargi ses activités pour se lancer dans la production et la construction de grands immeubles en juste six jours. En Chine, le plus haut édifice du monde, Sky City, sera construit en 120 jours, au rythme de cinq étages par jour. Des entrepreneurs rejoignent des groupes plus larges. Sous leur impulsion, ce secteur cyclique, dangereux, intégrant peu de technologies et physiquement épuisant, attire de nouveaux talents innovants. »

Concernant les avantages de l’industrialisation, le Dr. Daneshgari déclare qu’il est prouvé que « l’on peut construire deux fois plus vite en utilisant la moitié des ressources. Les technologies ne font que lentement leur apparition dans le domaine du bâtiment, mais lorsqu’elles sont adoptées, leur impact et les bénéfices associés sont importants et justifient largement leur utilisation ».

ZÉRO ERREUR

Des problèmes d’empilement surviennent lorsque de petites erreurs dans chaque composant du bâtiment se multiplient au fil des étages. Il en résulte que les installations électriques et autres services tels que le chauffage et la ventilation ne sont plus adaptés à la structure. « Ces problèmes nécessitent généralement le déploiement d’ouvriers hautement qualifiés sur le site afin de remodeler le béton à la foreuse ou de changer le point d’arrivée des services collectifs, cette dernière opération étant coûteuse et source potentielle de problèmes », explique le Dr. Daneshgari. « Le recours aux techniques statistiques de correction des variations, couramment utilisées dans le secteur automobile depuis 60 ans, permettrait de résoudre le problème en un clin d’œil. »

« Malheureusement, le secteur du bâtiment figure parmi ceux qui investissent le moins dans la R&D », constate le Dr. Daneshgari. « Pourtant, lorsqu’on commence à innover en s’appuyant sur des technologies facilitant l’utilisation de produits standardisés et de processus modulaires, les gains en productivité sont spectaculaires. La 3D a fait une incursion conséquente dans la conception et la fabrication architecturales avec d’excellents effets, mais la modélisation des processus est encore pratiquement inexistante. »

Afin d’augmenter l’efficacité et les marges bénéficiaires, et de supprimer le gaspillage, les entreprises du bâtiment et les gouvernements doivent investir dans la R&D. « Ceux qui ont réalisé ce type d’investissement réduisent les coûts et améliorent la qualité, ce qui permet à leur entreprise de décrocher contrat sur contrat », remarque-t-il. « De nouveaux types d’entreprises construisent actuellement des centres commerciaux pour un coût 40% plus faible. On construit des immeubles à zéro défaut et, en réduisant le travail à refaire, on permet aux acteurs impliqués de réaliser des bénéfices supérieurs. »

DES CHANGEMENTS JUDICIEUX

En attirant des talents extérieurs, les entreprises de construction nouvellement structurées se donnent un nouvel élan intellectuel précieux et nécessaire. « Le secteur du bâtiment est progressivement transformé par un petit nombre de personnes intelligentes et entreprenantes qui adoptent des approches nouvelles », poursuit-il. « Elles ne s’encombrent pas des traditions et sont équipées de technologies portables, puissantes et robustes, et font entrer ce secteur dans le 21e siècle. » Les acteurs du secteur qui ne modernisent pas leurs processus entraveront l’évolution de ce secteur.

W. Edwards Deming, professeur et penseur qui a contribué à la science et à la pratique industrielles, a prouvé que la performance individuelle ne pouvait être améliorée qu’en « élevant le système tout entier ». « En appliquant les idées de Newton, d’Adam Smith et, au 20e siècle, de Deming, l’industrie a pu progresser pour parvenir à son état avancé actuel », commente le Dr Daneshgari. « De manière générale, le bâtiment n’a pas suivi le même chemin éclairé. À moins de réagir rapidement, il sera surpris par de nouvelles entreprises qui exploitent efficacement les opportunités économiques qui se présentent dans ce secteur d’activité en plein essor. »

PROFIL

Le Dr. Perry Daneshgari, consultant pour le secteur du bâtiment et autres industries et auteur de nombreux ouvrages, est titulaire d’un Ph.D. en génie mécanique de l’université de Karlsruhe (Allemagne), et d’un MBA de la Wayne State University (États-Unis). Par sa société, MCA Inc., il conseille des entreprises dans le monde entier sur le développement des produits et des processus, la réduction du gaspillage, l’amélioration de la productivité de la main-d’œuvre, la gestion et l’évaluation des projets, l’expertise comptable et la satisfaction du client.

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