COMPASS MAGAZINE #14
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ÉCOLE D’ART AU VILLAGE

Pablo Picasso a dit un jour : « À leur âge, je dessinais comme Raphaël, mais il m’a fallu toute une vie pour réapprendre à dessiner comme un enfant. » Pour Sébastien Cailleux, ces paroles trouvent leur écho dans chaque projet de l’École d’Art Au Village (EDAAV).

Journaliste et photographe international, Sébastien Cailleux s’immerge plusieurs mois dans la culture et la vie des personnes qu’il rencontre. Au cours d’un voyage en Éthiopie en 2008, il fait la connaissance de Leikun Nahusenay, un artiste qui organise dans des villages reculés des ateliers pour enfants sur les principes du dessin.  L’EDAAV s’inspire de cette expérience.

ARTISTES DÈS LEUR JEUNE ÂGE

S. Cailleux et L. Nahusenay ont parcouru l’Éthiopie aux côtés de l’artiste Eyerusalem Abera, cherchant à aider ces populations d’une grande richesse culturelle. 

« Nous voulions partager et échanger, pas simplement prendre des photos », déclare S. Cailleux. « Nous avons remarqué que certains se peignaient le corps dès leur plus jeune âge, exposant ainsi leur statut social et leurs croyances ; les enfants possédaient déjà une certaine expérience artistique. Nous avons eu envie d’aller plus loin et leur apprendre à utiliser des matériaux qu’ils n’avaient jamais eus auparavant, comme des pastels et du papier, et de voir ce qu’ils en feraient. »

De retour en France avec les dessins d’enfants, S. Cailleux crée l’EDAAV, une association qui a pour vocation d’aider les enfants à célébrer leur patrimoine et leur  environnement à travers l’expression artistique. Depuis lors, l’EDAAV a réalisé des projets dans 22 pays, dont 15 en Afrique.

« De nombreux enfants se rendent à l’école à pied sans remarquer les plantes, les bâtiments ou les animaux qui bordent la route », explique S. Cailleux. « En tant qu’artistes, nous les encourageons à exprimer ce qu’ils ressentent à propos de telle construction, tel événement ou tel être vivant. Nous voulons éveiller leur sens  de l’observation et les encourager à immortaliser sur papier ce qu’ils voient ou ressentent. »

S. Cailleux photographie les oeuvres et utilise une technique de multi-exposition, associant sur un seul cliché le dessin de l’enfant et le portrait de son auteur. «  C’est une manière de représenter la personnalité de l’enfant dans son oeuvre », dit-il. « Les contours du visage et du dessin coïncident, établissant ainsi un dialogue entre les deux. »

DU PASTEL AU PIXEL

Les artistes qui participent à l’EDAAV continuent de proposer de nouvelles techniques et technologies pour aider les enfants à exprimer leur créativité. « Les enfants d’aujourd’hui appartiennent à l’ère numérique », explique S. Cailleux. « Après leur avoir enseigné les bases du dessin à l’aide de matériaux traditionnels, nous leur fournissons une tablette ou un ordinateur portable afin qu’ils complètent leur oeuvre avec des outils 3D numériques. » L’un de ces projets consiste en la reconstruction numérique du palais de la reine de Saba en Éthiopie, qui a presque disparu. « Les enfants “reconstruisent numériquement” chaque structure,  complétant leur dessin réalisé à la main et scanné avec des objets 3D numériques afin de redonner vie à une partie de leur patrimoine culturel », ajoute-t-il.

« Permettre à ces enfants de s’exprimer librement et de partager leurs rêves est une grande leçon d’humilité et d’optimisme », confie S. Cailleux. « Quelles que soient leur origine ou leurs conditions de vie, leur vision du monde n’est pas lugubre, elle est pleine de couleurs. Grâce à notre travail aux côtés de ces enfants de tous  horizons, j’ai moi-même appris à redevenir un enfant. » ◆

En savoir plus : www.edaav.org

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