COMPASS MAGAZINE #14
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EDUARDO KOBRA L’art descend dans la rue

Avec sa juxtaposition éclatante de couleurs vives et son imagerie emblématique, difficile de manquer ou oublier l’œuvre de l’artiste de rue Eduardo Kobra. 

Ses créations s’étalent sur les murs, les passages souterrains et les immeubles. Elles contrastent des pochoirs en noir et blanc avec des gammes de couleurs intenses et des motifs complexes, laissant une signature artistique distincte dans le paysage urbain moderne. 

Né en 1976 à São Paulo, au Brésil, Eduardo Kobra a commencé très jeune le « pichação », une forme de graffiti. Parmi ses influences, il cite la vie à São Paulo et la culture hip-hop. Le lien entre son travail et la ville est constant, vital, au cœur de ses créations. 

« Utiliser la ville comme support m’est venu naturellement, car c’est ainsi que je l’ai appris dans la banlieue de São Paulo », explique-t-il. « Je me sens privilégié de pouvoir exposer mon travail aux yeux de ceux qui ne sont jamais entrés dans un musée ou une galerie d’art. C’est un échange gratifiant quand on connait le nombre de personnes qui voient mes créations chaque jour. » 

Lorsqu’il entreprend un nouveau projet, Eduardo Kobra étudie l’histoire du site et s’inspire de vieilles photos, de faits historiques et de scènes classiques. Il dispose également d’une collection de plus de 500 livres provenant de différents pays et époques, qui laissent eux aussi leur empreinte sur son œuvre. 

« JE ME SENS PRIVILÉGIÉ DE POUVOIR EXPOSER MON TRAVAIL AUX YEUX DE CEUX QUI NE SONT JAMAIS ENTRÉS DANS UN MUSÉE OU UNE GALERIE D’ART. »

EDUARDO KOBRA ARTISTE DE RUE

Un exemple remarquable est son interprétation de la célèbre photographie d’Alfred Eisenstaedt, « V-J Day in Times Square ». L’œuvre originale, l’une des préférées d’Eduardo Kobra, représente un marin américain embrassant une femme en robe blanche le jour de la victoire sur le Japon en 1945. On peut admirer la fresque sur un immeuble près de Time Square, à New York. Les couleurs vives qui émanent du couple mythique offrent un contraste saisissant avec le paysage urbain alentour.

Plusieurs de ses œuvres célèbres représentent des personnages historiques importants, comme Albert Einstein et Abraham Lincoln, et des célébrités plus modernes comme le rappeur, auteur de chansons et acteur, Tupac Shakur.

« L’aspect le plus important de mon travail est l’histoire et la mémoire », déclare-t-il. « Même si l’esthétique est cruciale le principal objectif
de mes fresques est le contraste entre le passé et le présent. Parfois, elles sont même liées à l’importance de préserver notre héritage historique
et culturel. C’est une chose qu’on ne prend pas assez au sérieux dans des pays comme le Brésil. »

Ces dernières années, des organisations comme le PRHBTN de Lexington, dans le Kentucky (États-Unis) et No Limit Street Art Borås, en Suède, ont commandé à Eduardo Kobra de nouvelles œuvres pour des événements célébrant l’art urbain. Il fait également partie des 12 artistes engagés par McDonald’s pour créer un emballage spécial pour ses frites à l’occasion de la Coupe du Monde de football 2014, qui a eu lieu dans son pays natal, le Brésil.

Si le passé inspire Eduardo Kobra, les outils modernes ne lui sont pas pour autant étrangers : les réseaux sociaux servent de vitrine à son travail. Son compte Instagram est suivi par plus de 74 000 personnes, et sa page Facebook attire plus de 97 000 fans.

Il estime ne pas avoir besoin des réseaux sociaux et de la technologie pour permettre à son art de survivre, « mais ce serait dommage de se priver de la technologie disponible. La technologie peut et devrait être utilisée de façon positive ».

En 2015, Eduardo Kobra prévoit de travailler dans sept pays différents, et notamment de revenir à New York pour créer huit nouvelles fresques. ◆

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by Sean Dudley