COMPASS MAGAZINE #14
COMPASS MAGAZINE #14

JANET ECHELMAN Vivre, respirer l’art public

Plébiscitée dans le monde entier, Janet Echelman transforme le ciel des villes grâce au mouvement fluide de ses sculptures monumentales. Janet Echelman a été désignée innovatrice par Architectural Digest en 2012, pour sa « réinvention de l’essence même des espaces urbains ». Entrevue pour comprendre comment son oeuvre nourrit les interactions sociales.

COMPASS : D’après vous, comment l’art permet-il d’humaniser l’environnement urbain ?

JANET ECHELMAN : Je trouve souvent les villes froides et cloisonnées. Tout n’y est que lignes droites de béton, d’acier et de verre. Le corps humain, lui, est doux et tout en courbes. Pour me sentir bien dans l’environnement urbain, j’ai besoin de l’humaniser. Noués à la main, les filets aériens de mes sculptures me permettent de jeter un pont entre les gratte-ciel et moi-même. Quand la texture de mon travail crée un lien physique de manière artisanale, pour moi, cela tisse également un entrelacs de liens sociaux. 

Quelle expérience espérez-vous susciter chez ceux qui découvrent votre oeuvre ?

J.E. : J’espère que chacun crée sa propre histoire ou prend conscience de sa propre expérience sensorielle.

Un jour, j’installais une sculpture à Sydney, en Australie, quand un homme qui vivait dans cette rue est arrivé, m’a demandé ce que c’était, et a partagé son point de vue. C’était vraiment gratifiant d’engager la conversation et de parler « art » avec quelqu’un qui a peut-être l’impression qu’il n’est pas habilité à entrer dans un musée. Tout le monde peut marcher sur le trottoir. C’est comme respirer. Je veux que mon travail soit gratuit et accessible à tous, comme l’air que l’on respire.

Pouvez-vous décrire la relation entre les opposés dans votre oeuvre ?

J.E. : Mon travail regorge de dichotomies. J’exploite la rivalité entre l’industriel et l’artisanal. Les formes douces et aériennes de mes sculptures offrent un contrepoint aux lignes dures de l’architecture environnante. J’aime qu’elles paraissent délicates et pourtant extrêmement fortes. C’est une force qu’elles puisent dans leur résilience plutôt qu’une force brute. Il s’agit aussi d’amener l’art dans la ville et permettre aux forces de la nature – le vent, la pluie, le soleil – d’animer et faire évoluer ces formes au fil du temps.

Comment abordez-vous la technologie pour réaliser votre vision ?

J.E. : J’approche la technologie avec curiosité. J’y vois un moyen d’expression, qu’il s’agisse d’une technologie industrielle, numérique post-industrielle ou autre. Travailler sur ordinateur me permet de voir comment mes créations réagiront aux forces du vent et de la gravité.

J’ai collaboré récemment avec l’artiste Aaron Koblin et le Google Creative Lab pour permettre au public de peindre mes sculptures avec la lumière grâce à leurs appareils mobile. Je veux continuer à explorer comment la technologie peut nous permettre de nous connecter entre nous.

La collaboration est essentielle dans mon travail. J’ai appris l’artisanat traditionnel avec des artisans du monde entier, puis j’ai réinterprété leurs techniques ancestrales en utilisant de nouveaux matériaux et de nouvelles technologies pour réaliser ma vision artistique.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

J.E. : J’ai plusieurs commandes passionnantes. « Impatient Optimist », pour le siège de la Fondation Bill et Melinda Gates à Seattle, est l’expression visuelle de l’esprit de la fondation, de son travail et de sa mission d’aider les gens à mener une vie saine et productive. Mon défi a été de créer une forme qui exprime cette vision globale. La nuit, la sculpture est illuminée. Les couleurs correspondent au lever du soleil dans les bureaux régionaux de la fondation autour du monde, en temps réel. Cela met de l’animation et de la couleur dans l’espace, et de la vie sur le campus.

Dans le parc Dilworth, à Philadelphie, je sculpte des particules d’eau atomisées pour créer un rideau de « brume sèche » d’un mètre cinquante, illuminé par des lumières colorées. Mon oeuvre trace au-dessus du sol le chemin des trois lignes de métro. Elle révèle le système circulatoire de la ville. Le mouvement se fait en temps réel : nous déclenchons le mouvement des particules d’eau grâce à un flux de données sur les arrivées et les départs des rames.

de Cathy Salibian Retour en haut
de Cathy Salibian

En savoir plus : www.echelman.com

YouTube:  https://youtu.be/9YekkGz1E2k