COMPASS MAGAZINE #14
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TARA DONOVAN Le banal devient merveilleux

Connue pour ses installations uniques de grandes dimensions sur site, l’artiste new-yorkaise Tara Donovan transforme la manière dont les gens regardent les objets du quotiden en rendant l’ordinaire extraordinaire, ce qui fait son succès.

Cure-dents, pailles, tasses en plastique, feuilles de plastique et stylos... Pour beaucoup de personnes, ces articles ne sont que des objets quelconques de la vie quotidienne. Pour Tara Donovan, en revanche, ils renferment un potentiel inexploité pour créer de monumentales compositions sculpturales inspirées des géométries complexes de la nature.

« Les matériaux de tous les jours sont souvent liés à une expérience personnelle. Les gens qui voient mon travail ont souvent l’impression que la configuration évolue, que la sculpture se divise en unités discrètes et reconnaissables », déclare Tara Donovan. « J’ai commencé à travailler avec des matériaux du quotidien parce qu’ils étaient peu coûteux et produits en masse, mais je me suis toujours intéressée à la manière dont ils se comportent visuellement en groupe. Un grand nombre de mes premières oeuvres explorent ce concept. »

CHASSER LE MYTHE DE L’INSPIRATION

Tara Donovan, qui se déclare motivée « matériellement et esthétiquement » par les aspects productifs du Process Art et par les sculpteurs post-minimalistes dont Jacqueline Winsor, Richard Serra et Eva Hesse, a su très tôt qu’elle voulait être une artiste. Cependant, elle ne croit pas que les artistes soient « soudain frappés par une vision divine » lorsqu’ils créent. Elle compare plutôt son processus à celui d’un scientifique ou d’un architecte

« J’aime me poser des problèmes que je suis la seule à pouvoir résoudre. Je laisse les qualités inhérentes du matériau me dicter l’ensemble du processus de création », confie-t-elle.« Au départ, j’explore les propriétés physiques d’un seul matériau, ensuite j’assemble une unité de base, qui peut être reproduite et agrégée à d’autres matériaux. Cela m’aide à développer un processus presque mécanique pour réaliser une installation immense. Je me fonde en grande partie sur les paramètres architecturaux et contextuels du site d’exposition pour achever chaque installation. »

Tout en soulignant que chaque partie du processus apporte ses propres satisfactions, Tara Donovan ajoute : « Le temps passé à l’atelier est essentiel pour explorer les possibilités des différents matériaux et peu importe qu’ils donnent lieu ou non à des projets de grande ampleur par la suite. Comme j’achève souvent mon oeuvre sur le lieu même de l’exposition, il est gratifiant de voir comment elle se comporte dans différents environnements. »

DES INTERPRÉTATIONS FLUIDES

Bien qu’elle ait attribué des titres à ses oeuvres antérieures, Tara Donovan résiste désormais à l’envie de baptiser ses pièces, qui évoluent chaque fois qu’elles sont assemblées.

« J’aime l’idée que, au début, les spectateurs soient contraints de faire un effort pour comprendre ce qu’ils regardent. Ils sont ensuite extrêmement curieux d’en savoir plus », explique l’artiste. « Les changements de perception que j’essaie de mettre en place ne se produisent que lorsqu’il existe de multiples points de vue, qui obligent les spectateurs à tourner autour de l’oeuvre et dans l’espace environnant pour saisir toutes ses dimensions visuelles. »

DE L’ART RÉCOMPENSÉ

Les oeuvres innovantes de Tara Donovan ont reçu de nombreuses récompenses, parmi lesquelle une bourse MacArthur, souvent surnommée « la bourse des génies », en 2008 et le tout premier prix Calder, en 2005. Ce dernier lui a permis de séjourner pendant six mois à l’Atelier Calder, l’ancien atelier du sculpteur et peintre américain Alexander Calder à Saché, en France.

Du 5 février au 5 mars 2016, Tara Donovan a exposé deux de ses pièces aux côté de celles des autres lauréats du prix Calder dans une exposition intitulée The Calder Prize 2005-2015 à la Pace Gallery de Londres. L’une de ces pièces se fondait sur la récente exploration du Slinky, le jouet en forme de ressort, en tant que matériau de sculpture et de réalisation de marques, tandis que l’autre, Cloud (nuage), datant de 2003, se composait de milliers d’attaches souples.

« Dans la sculpture autoportante, j’ai utilisé les ressorts du Slinky pour suggérer une dispersion évolutive du matériau dans l’espace », indique Tara Donovan. « Par bien des aspects, il s’agit d’un agrandissement de ce que j’avais essayé d’obtenir avec les attaches souples de Cloud. »

Entre les impressions abstraites de bandes de caoutchouc sur du papier de riz et les installations immenses sur site de papier goudronné, colle, scotch et plastique propres à un lieu, la démarche novatrice et personnelle de Tara Donovan transforme la scène artistique conventionnelle en proposant au public des oeuvres d’art contemporain originales et inoubliables. ◆

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by Rebecca Gibson

Tara Donovan sculptant des matériaux de tous les jours
http://bit.ly/EverydayMaterials