COMPASS MAGAZINE #14
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ZAHA HADID Construire le changement et la liberté

Dame Zaha Hadid est mondialement connue pour son rôle de précurseur dans l’architecture d’avant-garde qui interprète son environnement complexe.

COMPASS: Comment êtes-vous venue à faire carrière dans l’architecture ?

ZAHA HADID: J’ai grandi à Bagdad dans les années 60, une nation alors en construction. Une place énorme était accordée à l’architecture. La structure de la ville inspirait une fierté nouvelle, et ces idées de changement, de libération et de liberté inhérentes à cette époque ont été décisives pour moi. Enfant, mes parents et moi passions tous les étés en Europe. Mon père s’assurait que je visite chaque musée, mosquée et cathédrale. Je me rappelle avoir exploré la grande mosquée de Cordoue à sept ans. J’en ai gardé un souvenir impérissable.

J’ai étudié les mathématiques à l’université américaine de Beyrouth avant de m’installer à Londres pour suivre des cours à l’Architectural Association. C’est là que j’ai commencé à m’intéresser à la géométrie. J’ai compris qu’il y avait un lien entre la logique mathématique, l’architecture et l’abstraction. La géométrie entretient une relation profonde avec l’architecture, davantage encore aujourd’hui avec les langages de programmation informatique avancés.

Quelle est votre source d’inspiration ?

ZH: L’architecture est une question de bien-être ; c’est la création de cadres agréables et stimulants pour tous les aspects de la vie. Mais il importe que chaque projet procure des expériences édifiantes qui soient source d’inspiration et d’enthousiasme.

On me demande « pourquoi votre architecture n’est-elle pas linéaire, pourquoi n’y a-t-il pas d’angle droit ? ». Mais parce que la vie ne s’intègre pas dans une grille. Si vous pensez à un paysage, vous verrez qu’il n’est ni régulier, ni équilibré. Les gens recherchent des lieux d’une beauté naturelle qui les inspirent. Je pense que l’on peut faire la même chose en architecture. Nous utilisons les paysages naturels et les rythmes des milieux urbains environnants afin d’ériger des bâtiments qui entretiennent une relation directe avec leur contexte.

Quels autres éléments influencent vos créations ?

ZH: La véritable architecture d’avant-garde n’est pas tributaire de la mode ou des cycles économiques. Elle suit la logique inhérente des cycles d’innovation générés par les avancées technologiques et sociales. La société contemporaine n’est pas statique, et les bâtiments doivent évoluer avec les nouveaux modes de vie afin de répondre aux besoins de leurs utilisateurs.

Ce qui est nouveau pour notre génération, c’est une complexité sociale accrue. L’un des grands enjeux de l’urbanisme et de l’architecture contemporains est d’évoluer vers une architecture pour le 21ème siècle, une architecture spécialisée mais souple qui prend en compte les processus complexes de travail et de vie, ainsi que la plus grande fluidité des carrières et des entreprises.

Qu’est-ce qui vous a motivé à enseigner et comment tirez-vous le maximum de vos élèves ?

ZH: Jamais je n’oublierai les enseignantes qui donnaient les cours de sciences à l’école des religieuses que je fréquentais à Bagdad. Toutes avaient été formées à l’université, de sorte que leur enseignement était d’une qualité irréprochable. La directrice, une sœur, s’intéressait beaucoup à l’éducation des femmes. D’une certaine manière, elle était pionnière dans cette partie du monde.

« Il est important de veiller à ce que chaque projet offre des expériences édifiantes qui inspirent, stimulent et enthousiasment. »

ZAHA HADID Architecte

Je me souviens avoir découvert que l’enseignement était également pour moi une expérience d’apprentissage. Ce n’est pas seulement ce que vous connaissez, mais ce que vos élèves connaissent eux aussi. C’est réciproque. On ne sait jamais à quoi s’attendre de la part d’un étudiant lorsqu’on lui donne l’occasion de montrer ce dont il est capable. Il faut lui faire confiance, le laisser faire de son mieux en lui accordant une certaine latitude.

Travaillez-vous actuellement sur un projet intéressant ?

ZH:  Nous travaillons sur une multitude de projets à travers le monde, notamment pour des institutions nationales comme le nouveau siège de la Banque Centrale en Irak et le nouveau Stade National du Japon à Tokyo.

Les évolutions rapides que l’architecture doit à l’informatique sont incroyables. Il existe une puissante relation de réciprocité par laquelle nos créations plus avant-gardistes contribuent au développement de nouvelles technologies numériques et de techniques de construction, et ces nouvelles évolutions nous poussent à leur tour à aller toujours plus loin dans le domaine de la conception.

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de Amber Stokes

www.zaha-hadid.com