Avis d’expert

Farid Baddache, directeur général, BSR


12 June 2019

4 min read

Pendant des décennies, la responsabilité du leadership dans le domaine du développement durable a été laissée aux gouvernements. Cependant, face à la montée des défis environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans un contexte où les citoyens se montrent plus exigeants et plus critiques, ce fardeau se révèle trop lourd pour que les gouvernements puissent les supporter seuls.

Les entreprises - avec leurs capitaux, leur pouvoir de marché et leur motivation financière - font à la fois partie du problème et de la solution. Elles sont soumises aujourd'hui à une pression plus forte que jamais : elles doivent contribuer à créer un avenir plus durable, créer davantage que des emplois et de la richesse, et trouver des solutions plus durables pour répondre aux besoins du marché. Et les attentes évoluent rapidement.

LA PRESSION MONTE

Plusieurs études ont montré que les clients recherchent de plus en plus des solutions qui intègrent les critères ESG. Les investisseurs accordent à présent eux aussi davantage d'importance à ces facteurs.

Par exemple, les entreprises dont les pratiques produisent des niveaux élevés d'émissions de carbone sont de moins en moins tolérées par la société. Quel que soit le secteur d'activité, si un concurrent est capable de fournir des solutions pertinentes, à faible émission de carbone et abordables, pourquoi les clients opteraient-ils pour des solutions avec une empreinte carbone supérieure ? Si l'on considère le développement durable dans un contexte plus large, le même raisonnement peut facilement s'appliquer à l'appauvrissement de la biodiversité ou à l'eau.

Nous pouvons étendre la même logique aux questions sociales et économiques. Nous pouvons nous demander par exemple en quoi des sujets tels que l'égalité des salaires, la formation professionnelle et la qualité globale de l'emploi sont d'authentiques enjeux économiques. Dans un monde aux prises avec des transformations digitales profondes qui diluent les relations entre les employés et les entreprises, et où la qualité et la gestion des connaissances déterminent la satisfaction des clients, les marges et l'innovation dépendent des personnes. La compétitivité de l'entreprise dépendra non seulement de sa capacité à tirer le meilleur parti de la révolution numérique en cours, mais aussi de son aptitude à investir dans les talents et à les fidéliser.

L'entreprise n'a vraiment pas d'autre choix que d'embrasser une nouvelle vision. Elle doit devenir un moteur de changement positif, une force capable de préserver et de restaurer les ressources naturelles, de garantir la dignité humaine et l'équité, et d'agir de manière transparente.

Source : Rapport 2017 de BSR “The Future of Sustainable Business: New Agenda, New Approach, New Advocacy”

De nombreux facteurs contribuent à la résilience de l'entreprise, et le développement durable jouera à n'en pas douter un rôle croissant pour la compétitivité dans la décennie à venir. Dans ce contexte, il est essentiel que les entreprises soient en mesure de répondre rapidement aux bouleversements et aux changements radicaux qui ont un impact sur les questions environnementales et sociales.

COMPRENDRE LA SITUATION DANS SON ENSEMBLE

L'agilité de l'entreprise reposera sur le succès de la transformation digitale. La digitalisation est une énorme opportunité en termes de niveau de données exploitables pour explorer la performance de durabilité au sens large.

On peut citer par exemple le lien entre le climat et l'eau, entre l'infrastructure locale et le travail des enfants, ou analyser des audits sociaux pour mieux prédire les risques. Sans nul doute, la digitalisation contribuera à la systématisation de la collecte des données et au suivi des performances de durabilité à grande échelle.

Cependant, accorder trop d'importance aux données peut générer des risques. En fonction du contexte, les mêmes performances de durabilité pourront ne pas aboutir aux mêmes décisions opérationnelles. L'eau est un bon exemple : les bonnes pratiques de gestion de l'eau dans des pays comme le Mali ou le Mexique sont certainement beaucoup plus importantes globalement qu'au Canada ou en Suède, où la pénurie d'eau est un problème moins critique. Le développent durable doit donc s'appuyer sur une approche fondamentalement qualitative, nécessitant une expertise du monde réel pour confirmer ce que les données peuvent dire.

SE COORDONNER POUR RÉUSSIR

En définitive, pour devenir les chefs de file du développement durable dont l'humanité a besoin, les entreprises doivent être alignées sur un large éventail de facteurs : utilisation réfléchie des outils digitaux et des données ; produits et services durables ; innovation constante pour développer des pratiques qui vont au-delà des certifications de niveau minimum ; utilisation d'un prisme de développement durable lors de la sélection des partenaires commerciaux ; et focalisation sur des priorités environnementales et sociales lors du lobbying auprès du gouvernement en faveur des changements de politique.

Tout cela peut sembler pesant, mais nécessaire pour relever un défi plus pressant : bâtir un avenir durable pour les générations à venir. Seules les entreprises capables de s'adapter et de bâtir leur propre résilience seront à même de survivre et de prospérer.

PROFIL

BSR (Business for Social Responsibility) est une organisation mondiale à but non lucratif qui œuvre avec son réseau de plus de 250 entreprises membres et d'autres partenaires à la construction d'un monde juste et durable. Depuis ses bureaux en Asie, en Europe et en Amérique du Nord, BSR développe des stratégies et des solutions durables à travers le conseil, la recherche et la collaboration intersectorielle.

Fort de 20 années d'expérience dans le domaine du développement durable, Farid Baddache, directeur général de BSR, dirige les services de conseil et l'engagement de BSR auprès d'entreprises appartenant à dans tous les secteurs, y compris l'expérience directe avec plus de 100 projets. Au sein de l'équipe de gestion internationale de BSR, il pilote également la stratégie d'adhésion et les opérations. Avant de rejoindre BSR, il était consultant en stratégie et gestion RSE et chef de projet dans les secteurs de la technologie, de la fabrication et des industries extractives. Il a également écrit plusieurs ouvrages, dont un a remporté en 2006 un prix du livre de stratégie des affaires. Il est titulaire de deux MBA, dont un dans les technologies propres, ainsi que d'un doctorat en sociologie organisationnelle.

Pour en savoir plus sur BSR, consultez go.3ds.com/N8E

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