Vos employés sont-ils prêts pour l’avenir ?

Tous les experts s'accordent à le dire : l'enseignement d'aujourd'hui ne prépare pas suffisamment les élèves au travail de demain.

Lindsay James
30 December 2017

7 minutes

Un nouveau rapport du Forum économique mondial suggère que les systèmes d'enseignement actuels ne préparent pas les enfants au monde du travail de demain de façon adéquate. Compass a demandé aux meilleurs experts en la matière, dans le monde entier, comment ils allaient relever ce défi.

Le monde du travail évolue rapidement. L'essor des technologies telles que l'Internet des objets, la robotique, l'intelligence artificielle, le Big Data, l'impression 3D et la blockchain se conjuguent et la quatrième révolution industrielle est en train de voir le jour, remettant en question le fonctionnement même des industries et transformant leurs business models.

Ce changement aura un impact important sur le marché de l'emploi dans les années à venir. Par exemple, selon le rapport 2017 « Future of Jobs » du Forum économique mondial, un tiers des compétences requises pour travailler d'ici 2020 seront entièrement nouvelles.

Les enseignants vont devoir changer l'ensemble de leurs programmes d'enseignement, pratiquement du jour au lendemain.

« Aujourd'hui, nombreux sont les systèmes d'enseignement qui ne sont pas en phase avec les compétences nécessaires pour entrer sur le marché du travail », souligne Till Leopold, chef de projet Éducation, genre et travail pour le FEM, à Genève, en Suisse. « Et le rythme exponentiel des changements technologiques et économiques induits par la quatrième révolution industrielle creuse encore le fossé entre l'éducation et le marché du travail. »

Maurice de Hond est fondateur de la Steve Jobs School à Amsterdam. Trente Steve Jobs Schools, du nom de l'ancien PDG d'Apple, existent aux Pays-Bas, en Belgique et en Afrique du Sud. Ces écoles intègrent activement les compétences digitales dans leurs cursus.

« Les systèmes d'enseignement, où qu'ils soient dans le monde, ne répondent plus aux besoins de nos enfants », explique M. de Hond. « Les cursus sont, dans l'ensemble, destinés à un monde qui n'existe plus. Grâce à l'essor des technologies digitales, nous sommes au cœur de la plus grande révolution que nous ayons jamais connue, mais les établissements traditionnels préparent encore nos enfants à un univers professionnel obsolète. »

DES LACUNES DANS LE DOMAINE DES STEM

À chaque introduction de nouvelles technologies, le monde du travail évolue, et une tendance se profile d'ores et déjà : les emplois de demain exigeront une plus grande expertise en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM).

À la Steve Jobs School de Johannesburg, les compétences digitales sont activement intégrées dans le programme. (Image © Steve JobsSchool)

Selon les recherches menées en 2016 par le gouvernement australien, au cours de la prochaine décennie, on estime que 75 % des emplois recherchés dans les industries dont la croissance est la plus rapide auront besoin de compétences en STEM. Cependant, selon un rapport publié en octobre 2017 par le journal malaisien New Straits Times, le nombre d'étudiants inscrits dans des cursus liés aux STEM dans le secondaire et l'enseignement supérieur est en baisse.

« Ce n'est un secret pour personne que l'enseignement des STEM est insuffisant », affirme Peter Balyta, président Technologie de l'éducation chez Texas Instruments (TI), une entreprise basée à Dallas, aux États-Unis. « Le nombre d'emplois aux États-Unis dans les domaines des sciences, de la technologie et de l'ingénierie croît environ trois fois plus vite que les emplois dans les autres domaines, et l'on prévoit que 9 millions d'emplois dans les STEM devront être pourvus d'ici 2022. »

En conséquence, de nombreuses organisations cherchent à promouvoir les sciences, la technologie et l'ingénierie dans les écoles. Certaines entreprises du secteur privé, dont TI et Honeywell, ont investi dans des initiatives fondées sur les STEM. Parallèlement, un certain nombre d'organisations à but non lucratif ont été créées pour relever ce défi. C'est notamment le cas de SASTEMIC, une organisation basée à San Antonio, dont l'objectif est d'inciter les étudiants et les enseignants à intégrer les STEM.

« Nous offrons des services d'enseignement des STEM aux étudiants, afin de leur présenter des opportunités de carrière dans ce domaine, auxquelles ils n'auraient peut-être pas accès autrement », explique Jake Lopez, directeur général de l'entreprise.

Les porteurs de ces projets se concentrent particulièrement sur les aspects technologiques liés aux pénuries de compétences dans le domaine des STEM.

« Nos données montrent que, dans presque tous les secteurs à travers le monde, les compétences technologiques sont de plus en plus importantes pour les employeurs », affirme Joshua Graff, responsable Pays chez LinkedIn UK et vice-président Solutions marketing pour l'entreprise dans la région EMEA. « À l'échelle mondiale, le cloud et l'informatique distribuée se classent parmi les deux premières compétences demandées par les employeurs, suivies de près par l'analyse statistique et l'exploration de données. Cela signifie que, pour les enseignants du monde entier, le développement de l'expertise technologique devrait constituer une priorité. »

LA CLÉ, C'EST LE CODE

Dans son discours sur l'état de l'Union en 2016, l'ancien président américain Barack Obama a souligné le risque imminent d'inadéquation entre les besoins des employeurs et les compétences des jeunes diplômés. C'est à l'occasion de ce discours qu'il a lancé l'initiative Computer Science (CS) for All et plaidé pour un meilleur financement des écoles afin de combler le fossé digital.

« Dans la nouvelle économie, l'informatique n'est pas une compétence facultative, c'est une compétence de base », souligne Barack Obama dans une vidéo réalisée après son allocution. Selon l'ancien président, le code, en particulier, est vital.

« Je crois fermement que chaque enfant doit avoir la possibilité d'apprendre cette compétence essentielle », a-t-il affirmé en septembre 2017, lors d'une réunion d'information nationale organisée par le Consortium CS for All. « Nous sommes inondés de technologie, et je ne veux pas que nos jeunes en soient seulement consommateurs. Je veux qu'ils soient producteurs de technologies, qu'ils les comprennent, qu'ils puissent les maîtriser pour que ce ne soient pas elles qui les contrôlent. »

Tim Cook, PDG d'Apple, soutient cet objectif.

« Nous pensons que le code devrait être enseigné obligatoirement dans chaque école, car c'est un langage tout aussi important qu'une deuxième langue », a-t-il déclaré lors d'une récente visite à l'école primaire de Woodberry Down à Harringay, au Royaume-Uni. « Avec des compétences en codage, les enfants pourront trouver des solutions aux problèmes de demain. »

Malgré une attention accrue pour ce domaine, Peter Balyta, de Texas Instruments, est convaincu que quelque chose ne va pas.Malgré une attention accrue pour ce domaine, Peter Balyta, de Texas Instruments, est convaincu que quelque chose ne va pas.

« Depuis plus de dix ans, des entreprises, des organismes à but non lucratif, des communautés, des parents inquiets et des dirigeants locaux investissent collectivement des centaines de millions de dollars et d'innombrables heures pour aider à améliorer et à faire progresser l'enseignement des STEM », dit-il. « Mais la triste vérité est que le retour sur investissement n'est pas encore suffisant. »

UNE NÉCESSITÉ DE COMPÉTENCES CONCRÈTES

Parminder K. Jassal, qui dirige le Learn and Work Futures Group de l'Institute for the Future en Californie, voit quant à elle un sombre revers à mettre trop l'accent sur le code.

« Bien que les compétences en STEM et en code soient une partie importante des compétences de base nécessaires pour l'avenir, elles n'en sont pas la clé », affirme-t-elle. « Avec de simples compétences en codage, les gens risque de ne trouver qu'un travail de col bleu du futur : un emploi de programmeur contractuel, un emploi similaire à celui des ouvriers d'usine, des travailleurs manuels du siècle dernier et de certains employés actuels. Ce qu'il faut vraiment, c'est que le système d'enseignement favorise les compétences professionnelles de l'avenir : les compétences et les capacités qui seront réellement requises dans différents emplois et milieux professionnels. La capacité à acquérir de nouvelles connaissances est beaucoup plus précieuse que les connaissances elles-mêmes. »

Le ministre singapourien de l'Éducation, Ong Ye Kung, insiste également sur la nécessité d'acquérir des compétences tout au long de la vie.

« En plus d'ouvrir la voie à de bons emplois tout au long de la vie, l'éducation doit constituer un parcours permettant de répondre aux espoirs et aux aspirations de chacun », a-t-il déclaré dans un discours prononcé en mars 2017 devant le Parlement de Singapour. « Ces deux objectifs ne sont pas nécessairement incompatibles. L'éducation doit permettre d'acquérir des compétences, pas seulement des informations et des connaissances, et cela pour une raison très simple : vous pouvez trouver les informations sur Google, pas les compétences. »

LA RECETTE DU SUCCÈS

Une attention similaire, portée aux compétences pratiques, a conduit à la création de Big Picture Learning, cofondé à Rhode Island par les éducateurs Elliot Washor et Dennis Littky, qui cherchaient à démontrer la nécessité d'apporter des changements radicaux dans le domaine de l'enseignement.

« Elles ne se soucient pas de savoir si ces élèves pourront travailler dans le monde réel ou s'ils pratiquent des activités en dehors de l'école qui pourrait leur permettre de développer des compétences pour le monde réel. » « Elles ne se soucient pas de savoir si ces élèves pourront travailler dans le monde réel ou s'ils pratiquent des activités en dehors de l'école qui pourrait leur permettre de développer des compétences pour le monde réel. »

Au contraire, déclare-t-il, l'apprentissage global devrait commencer par les intérêts des étudiants, impliquer leurs familles et leurs mentors, puis il faudrait élaborer un plan d'études supérieures et un parcours professionnel, pour aider les étudiants à développer leurs intérêts et à atteindre leurs objectifs.

« Certains de nos élèves quittent l'école deux jours par semaine pour apprendre et travailler avec des mentors, autour de leurs centres d'intérêt », explique M. Washor. « Nous nous concentrons sur les certifications du monde réel avant qu'ils ne quittent le secondaire et nous les aidons à accumuler des crédits d'études supérieures, pendant leurs études secondaires, en lien avec des lieux ou des personnes qui les connaissent en dehors de l'école et qui peuvent les faire travailler. »

Les Steve Jobs Schools adoptent une approche similaire.

« Nous savons que, à l'avenir, la réussite exigera de comprendre les compétences de base dont les travailleurs auront besoin, aussi notre approche ne consiste pas à inculquer des informations, mais à enseigner comment résoudre les problèmes », a déclaré M. de Hond. « Nous nous concentrons sur trois principes clés : trouver, filtrer, appliquer. La flexibilité est également très importante. Nous nous concentrons beaucoup plus sur les talents et les possibilités de chaque élève. »

Selon ces innovateurs de l'apprentissage, en s'inspirant de ces réussites et en utilisant des approches basées sur l'expérience pour enseigner aux enfants comment apprendre, les enseignants pourront leur transmettre les compétences dont ils ont besoin pour résoudre les problèmes et trouver seuls les solutions une fois dans le monde du travail.

« À mesure que de nouvelles approches et de nouvelles technologies émergent, il est nécessaire de trouver des financements et de mettre en place des expériences pour identifier les modèles les plus efficaces, afin d'évoluer et d'apporter des changements significatifs à l'éducation », affirme Till Leopold du FEM. « Des approches performantes permettront aux étudiants d'apprendre et de se perfectionner de façon autonome, tout au long de leur vie. »

Lire le rapport du McKinsey Global Institute de novembre 2017 sur les potentiels changements du monde du travail

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