Place au neuf

La technologie aide les chantiers navals à exploiter l'expertise de leurs retraités et à attirer de nouveaux talents, experts du digital

John Martin
1 February 2019

5 minutes

Nombreux sont les collaborateurs expérimentés de l'ingénierie et de la fabrication qui prennent leur retraite dans l'industrie Marine Les entreprises de l'industrie M&O s'efforcent de plus en plus de recueillir et de transmettre ce savoir et ce savoir-faire à une nouvelle génération de talents et de les attirer sur le terrain grâce à la technologie.

Le savoir est éternel. C'est certainement vrai dans les livres. Mais pourquoi pas dans les entreprises ?

La construction navale, par exemple, associe la science et l'art, et il faut de nombreuses années pour qu'un ouvrier maîtrise les deux. Pourtant, de plus en plus de chantiers navals réalisent que la technologie peut non seulement les aider à recueillir, conserver et transmettre le savoir et le savoir-faire développés par leurs employés baby-boomers et, mais également à attirer une nouvelle génération de collaborateurs passionnés de digital pour remplacer ceux qui atteignent l'âge de la retraite.

Pour comprendre le défi de la réplication des connaissances, il suffit de penser aux architectes navals ; ces ingénieurs qui supervisent la conception, la construction et la réparation des navires.

« Les employés aguerris ont une vision globale de leur mission, ce qui n'est pas le cas des jeunes architectes navals », explique Roberto Prever, président et concepteur senior chez NAOS Ship and Boat Design, à Trieste (Italie), leader dans le domaine de la conception de véhicules marins. Parvenir à une vision holistique demande des années d'expérience pour trouver le juste équilibre entre les priorités et les besoins divergents de dizaines de disciplines différentes, avec notamment des facteurs électriques, mécaniques, structurels, sécuritaires et humains.

La transmission de cette « vision holistique » aux générations futures est essentielle pour ce que Dan Jacobs, directeur des pratiques et analyste principal chez LNS Research à Cambridge (Massachusetts), appelle « la longévité des affaires », c'est-à-dire ce qui permet à une entreprise de prospérer pendant plusieurs générations. Pour garantir la longévité d'une entreprise, selon lui, il faut une bonne dose de gestion des connaissances, qu'il décrit comme une « approche structurée pour identifier, hiérarchiser, recueillir et transférer des données et des informations à travers la chaîne de valeur, les équipes de gestion et d'assistance afin de créer de la valeur. »

Pour Dan Jacobs, le secret est de s'emparer non seulement du savoir-faire, mais aussi de ce qu'il appelle le know-better, c'est-à-dire le savoir-faire acquis par les employés à la faveur de plusieurs décennies d'expérience. NAOS relève ce défi en plaçant les novices aux côtés de collaborateurs expérimentés. « Les vieux renards assistent les jeunes employés tout au long de l'élaboration de nouveaux projets », indique Roberto Prever.

CAPTURER LES CONNAISSANCES

Mais comment faire lorsque les vieux renards ont déjà quitté la tanière ? Il est possible de redécouvrir une partie de leurs connaissances en analysant les données des systèmes technologiques, informatiques et opérationnels d'une entreprise, afin d'identifier puis de réutiliser les anciennes pratiques de conception et de fabrication, ainsi que les règles et modèles inhérents.

La capture des connaissances n'est toutefois qu'une première étape car les connaissances devront ensuite être transmises et utilisées par la génération suivante. Les experts en la matière s'accordent à dire que cette transmission nécessite une plate-forme d'innovation digitale unifiée pour fournir à chaque employé l'accès aux connaissances dont il a besoin dans diverses disciplines.

Traditionnellement, chaque corps de métier utilise son propre système informatique dédié, ce qui a pour effet de cloisonner les connaissances. NAOS Ship and Boat Design, et d'autres chantiers navals comme Damen Shipyards Group (Pays-Bas), Naval Group (France) et Meyer Werft (Allemagne), suppriment ces clivages grâce à des plates-formes d'innovation digitale qui gèrent et saisissent chaque détail sous forme de données digitales partagées, de l'idée initiale à l'assistance, en passant par la conception et la fabrication.

Une plate-forme propose des services comme des applications mobiles pour accéder à des méthodes pédagogiques, et des logiciels pour identifier et collaborer avec des experts de toute l'entreprise. Les jeunes collaborateurs peuvent ainsi se former et se qualifier dans de nouvelles compétences grâce à des portails d'e-learning. Les systèmes de gestion des enseignements permettent de transmettre le know-better d'une génération à l'autre. On crée ainsi un réseau social de savoir accessible à tous les employés et membres autorisés du réseau de valeur externe d'une entreprise.

« Nous avons établi des communautés de pratique avec une approche entrante des médias sociaux », explique Dan Jacobs, pour décrire la collaboration entre LNS Research et ses clients. « Les ressources locales peuvent collaborer avec des ressources rares et leurs réponses sont enregistrées, ce qui est un atout non négligeable. »

Chez CSSC Huangpu Wenchong Shipbuilding à Canton, en Chine, par exemple, les nouvelles recrues ont accès aux connaissances utiles dans le cadre de leur travail via des guides utilisateurs et normes hébergés sur la plate-forme d'innovation digitale de l'entreprise, dont le constructeur naval se sert également pour organiser des conférences, des formations et des webinaires.

TIRER PARTI DES RÉSEAUX SOCIAUX

Le développement d'un réseau social de connaissances basé sur une plate-forme aide les entreprises à sauvegarder le savoir et l'expérience des collaborateurs les plus expérimentés. Il séduit également leurs remplaçants, à savoir les 140 millions de jeunes collaborateurs des générations Y et Z qui ne vivent que par et pour les réseaux sociaux.

Le constructeur de navires Huangpu Wenchong, par exemple, développe l'engagement en proposant à ses jeunes recrues des concours annuels d'innovation technologique afin d'encourager les talents. L'entreprise a également créé un projet en ligne qui offre d'autres opportunités aux personnes intéressées.

La modélisation 3D, la simulation digitale, les systèmes portables, la robotique, le mobile, l'IA/l'apprentissage automatique, la réalité virtuelle et augmentée et la gamification sont autant de technologies qui séduisent ces employés et sont essentielles à la productivité et à l'innovation dans le domaine de la construction navale. Les plates-formes d'innovation en matière de produits digitaux intègrent toutes ces capacités. Les armateurs peuvent eux aussi utiliser ces plates-formes pour recueillir les connaissances des équipages proches de la retraite et s'en servir ultérieurement pour former de nouveaux équipiers technophiles via la simulation et les opérations virtuelles.

La cohorte de techniciens qui prendra la place des anciens assurera la continuité des opérations en s'appropriant cette technologie, qui a d'ailleurs déjà sa préférence.

« Ce type d'embauche est, et sera, de plus en plus important », souligne Roberto Prever. Le recrutement de nouveaux talents férus de technologie est essentiel dans notre secteur car la conception navale « est de plus en plus complexe, car les technologies sont elles-mêmes de plus en plus complexes et l'éventail de possibilités de plus en plus large », ajoute-t-il.

Tout cela fait partie de la Renaissance de l'industrie, une transformation de la société entraînée par l'utilisation de mondes virtuels pour recueillir, développer et exploiter le savoir et le savoir-faire des entreprises. En abattant les cloisonnements fonctionnels et en créant une visibilité globale, les entreprises peuvent identifier rapidement les demandes d'un marché en constante évolution et y répondre, voire mettre en place et tester des modèles économiques totalement inédits.

Les employés des générations Y et Z sont déjà enthousiasmés par la fabrication de choses réelles. Attendez-vous à assister maintenant au mouvement des fabricants. En leur offrant des capacités digitales modernes, les premiers chantiers navals digitalisés estiment qu'ils attireront une main-d'œuvre d'avenir innovante, guidée par l'accès à tout le savoir et le savoir-faire de ses prédécesseurs et dotée de moyens suffisants pour les mettre à profit.

Pour en savoir plus sur la manière dont les sociétés marine et offshore font face à la pénurie d'employés qualifiés, consultez : http://go.3ds.com/cSl

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