La symbiose industrielle

Les déchets d'une entreprise sont la matière première d'une autre

Dan Headrick
1 July 2018

4 minutes

Industrie et environnement peuvent coexister, comme le démontrent les parcs éco-industriels depuis plus de 50 ans. Avec les économies émergentes, la sensibilisation grandissante à l'environnement et les technologies digitales de pointe, les activités industrielles qui visent l'équilibre avec le monde qui les entoure ont le vent en poupe.

Il y a 50 ans, les dirigeants de la petite ville danoise de Kalundborg, vieille de 900 ans, ont signé un accord pour construire une canalisation de 13 kilomètres afin d’acheminer l'eau de refroidissement non traitée du lac Tissø vers une raffinerie locale de pétrole. Ce projet en a entraîné un autre : la récupération du gaz excédentaire de la raffinerie, qui aurait été brûlé dans l'atmosphère, pour le livrer à une usine voisine de séchage de plaques de plâtre.

Des projets similaires ont suivi et, sans s'en rendre compte, les ingénieurs, les directeurs d'usine et les responsables locaux ont créé un nouveau concept appelé la Symbiose industrielle. Ce concept coordonne l'industrie, l'agriculture, les collectivités et les marchés dans le but de recycler et de partager les ressources, y compris les déchets, afin d'améliorer l'efficacité, la productivité et le respect de l'environnement.

Ce concept s'est répandu et de nouveaux types de projets collaboratifs sont apparus. Aujourd'hui, on parle généralement de parcs éco-industriels (ou éco-parcs), au sein desquels des entreprises dont les activités diffèrent coopèrent sur un espace commun. Cette coopération gagne aussi les gouvernements et les collectivités locales.

Par conséquent, les entreprises travaillent plus efficacement, les ressources sont mieux gérées et les collectivités prospèrent sur le plan économique tout en préservant la pureté de l’air et de l’eau. Les déchets d'une entreprise sont la matière première d'une autre ; les ressources sont équilibrées au sein d'une économie circulaire : chaleur, eau, déchets, vapeur, gaz, électricité, routes, lignes ferroviaires, barges, canalisations, bâtiments, gestion des locaux, services d'intervention d'urgence, logistique, sécurité, respect des dispositions réglementaires, planification des immobilisations et mobilisation communautaire sont coordonnés.

UNE POPULARITÉ GRANDISSANTE

Le nombre de parcs éco-industriels est en hausse. En 2000, on en comptait moins de 50 contre plus de 250 aujourd'hui, selon un rapport du Groupe Banque mondiale, de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) et de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) intitulé An International Framework for Eco-Industrial Parks et publié en 2018. Chacun d’entre eux est unique.

L'éco-parc Miramar au Salvador regroupe environ 500 employés de 11 entreprises différentes travaillant dans l'assemblage électronique et la fabrication de plastiques. La Zone de développement économique de Tianjin, dans le nord-est de la Chine, compte pour sa part environ 500 000 employés répartis dans 10 000 entreprises sur un site unique qui comprend son propre port, ses écoles, son stade de football et ses zones résidentielles.

Certains éco-parcs ont été construits il y a plusieurs dizaines d'années et sont désormais équipés de technologies vertes adaptées aux processus modernes. Certains se sont développés au niveau communautaire, d'autres grâce à un soutien gouvernemental important. Tous ont en commun la volonté de coordonner leurs activités globales dans des intérêts économiques et environnementaux communs.

NORMES INTERNATIONALES

En réponse à la croissance rapide des éco-parcs, le Groupe Banque mondiale, l'ONUDI et GIZ ont instauré en décembre 2017 le premier cadre commun qui établit les paramètres de performance minimaux à respecter pour obtenir le label « éco-parc industriel ». Ce cadre a été rédigé car de plus en plus de gouvernements et d’industries veulent créer leurs propres éco-parcs.

« Les gouvernements nous demandent ce qu'est un parc éco-industriel », indique Etienne Kechichian, du Groupe Banque mondiale, l'un des principaux auteurs du rapport et chef de file du Groupe Banque mondiale en matière d'efficacité climatique. « La Corée, le Japon, la Chine... Les pays en développement jouent un rôle clé, et la collaboration est importante. »

Dolf van der Kamp est responsable des inspections chez SITECH, une société qui coordonne les services de l'éco-parc de Chemelot, à Geleen, aux Pays-Bas. Chemelot regroupe près de 30 entreprises industrielles qui fabriquent divers produits pétrochimiques, chimiques spécialisés et plastiques, et coordonnent de nombreuses opérations, aussi complexes soient-elles pour réduire leur consommation de matières premières, réutiliser les déchets et maintenir une efficacité opérationnelle optimale.

Au fil du temps, les entreprises vont et viennent, ce qui ne simplifie pas les activités. « Les entreprises changent, mais leurs portefeuilles de produits doivent rester compatibles », souligne Dolf van der Kamp. « SITECH n'est pas seulement un prestataire de services ; ses clients sont aussi actionnaires. Nous devons nous entendre parfaitement pour travailler aussi efficacement que possible. »

LES OUTILS DIGITAUX

« L'explosion des outils digitaux et l'accélération constante de la vitesse des données rendent possibles des processus de collaboration de plus en plus complexes », avance David Aitken, codirecteur des politiques et de l'innovation pour l’organisation londonienne Carbon Trust, « ce qui contribue à la multiplication des éco-parcs ».

250

Le nombre de parcs éco-industriels est en hausse. Selon le Groupe Banque mondiale, l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel et la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), on en comptait moins de 50 en 2000 contre plus de 250 en 2018.

« Le passage à l'industrie 4.0, en d'autres termes la quatrième révolution industrielle, est une étape importante, qui explique en partie cette croissance », ajoute-t-il. « De nouvelles technologies de surveillance, de communication et d'analyse font leur apparition pour potentiellement améliorer la productivité industrielle et l'efficacité des ressources, deux facteurs clés pour les éco-parcs. La protection de l'environnement, le changement climatique et l'efficacité des ressources sont autant de raisons d’être des parcs éco-industriels.

Par exemple, les progrès des logiciels de modélisation et de simulation permettent aux gestionnaires d'installations de créer des "usines virtuelles" complexes qui non seulement mesurent et surveillent ce qui se passe dans l'installation réelle, mais calculent aussi les variables des processus et les scénarios hypothétiques pour la planification, la gestion et la prise de décisions de la part des exploitants.

L'amélioration continue des outils de modélisation digitale et de gestion permet également aux directeurs d'usine de répondre à des exigences réglementaires changeantes et de plus en plus strictes.

« Il devient plus facile de répondre aux exigences », selon Dolf van der Kamp, de SITECH. « Vu le nombre d'entreprises qui travaillent ensemble, on peut les coordonner avec les structures gouvernementales et internationales. Chose impossible si toutes les parties prenantes sont séparées. »

Pour en savoir plus sur les solutions liées aux parcs éco-industriels, consultez :
http://go.3ds.com/8Yee

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