La vie dans le ciel

Rendre les zones urbaines plus vivables

Nick Lerner
1 July 2018

4 minutes

À mesure que les populations urbaines augmentent, les architectes-urbanistes se retrouvent de plus souvent face à une seule solution pour les accueillir : construire verticalement. Compass a rencontré Antony Wood, directeur exécutif du Council on Tall Buildings and Urban Habitat, pour discuter des gratte-ciel, du développement durable et de la qualité de vie.

COMPASS : Parlez-nous de votre rôle au sein du Council on Tall Buildings and Urban Habitat.

ANTONY WOOD : Je suis directeur exécutif du CTBUH de Chicago depuis 2006, en charge des activités courantes du Conseil. Auparavant, j'ai exercé la profession d'architecte à Hong Kong, à Bangkok, à Kuala Lumpur, à Jakarta et au Royaume-Uni de 1991 à 2001, puis j'ai été professeur associé et chargé de cours d'architecture à l'Université de Nottingham, au Royaume-Uni, jusqu'en 2006.

COMPASS : Pouvez-vous nous décrire la mission du CTBUH ?

AW : Le CTBUH a été fondé en 1969 pour partager des informations et des pratiques exemplaires pour les grands immeubles. Nous faisons figure d'autorité mondiale dans le domaine des grands immeubles et des villes durables, et nous sommes la première source d'information pour les professionnels spécialisés dans la conception, la construction et Ia gestion de grands immeubles et de villes du futur. Outre nos bureaux aux États-Unis, en Italie et en Chine, nous avons des sections locales dans le monde entier. Notre mission première consiste à faciliter l'échange de données récentes au sujet des grands immeubles dans le monde entier par le biais de publications, de recherches et de nos conférences internationales annuelles.

COMPASS : Qu'est-ce qui vous a attiré au sein de cette organisation ?

AW : L'occasion m'a été donnée d'intégrer cette organisation de renommée internationale et d'étendre son influence à une époque où la construction de gratte-ciel commençait à décoller dans le monde entier et plus seulement en Amérique du Nord.

Antony Wood, directeur exécutif du Council on Tall Buildings and Urban Habitat (Image © CTBUH)

COMPASS : Comment les employés du CTBUH contribuent-ils à la mission de cette organisation ?

AW : Le personnel du CTBUH est un groupe fantastique d'employés dévoués répartis dans trois bureaux situés dans trois pays : notre siège mondial et notre bureau académique à Chicago, notre siège asiatique à Shanghai et notre bureau de recherche à Venise, en Italie. Chacun des membres du CTBUH contribue à sa façon à la mission de notre organisation, que ce soit en diffusant des informations, en planifiant nos événements mondiaux ou en produisant des documents de recherche, notamment.

COMPASS : Quelles innovations durables les habitats urbains doivent-ils adopter pour perdurer pendant plusieurs générations ? Quel rôle pourraient jouer les gratte-ciel dans ce contexte ?

AW : Des habitats urbains véritablement durables doivent être conçus pour optimiser l'expérience humaine des villes modernes. En d'autres termes, il s'agit non seulement de respecter l'identité culturelle locale d'un lieu au moment de la conception, mais aussi d'intégrer des éléments qui améliorent les aspects sociaux et physiques d'un espace, pour rendre les villes plus vivables. Les innovations qui privilégient les espaces verts tout en réduisant la consommation d'énergie et les déchets physiques sont d'une importance capitale.

En tant qu'extensions de la ville, les gratte-ciel doivent présenter ces qualités sur le plan vertical. L'idéal est de faire passer l'habitabilité avant les intérêts commerciaux. Les projets qui prévoient des espaces verts, des espaces communs adaptés à la vie sociale et familiale incarnent l'avenir des villes durables. Sachant que les villes devront accueillir 2,5 milliards d'habitants supplémentaires d'ici 2050, les grands immeubles réduisent l'empiètement des villes sur les campagnes en permettant à un plus grand nombre de personnes de vivre dans un environnement compact.

COMPASS : En quoi cela affecte-t-il les communications urbaines ?

AW : Il est primordial que la ville soit reliée aux grands immeubles sur plusieurs niveaux. En théorie, l'infrastructure physique urbaine se développera en montant dans les bâtiments, en faisant passer le flux quotidien de la vie urbaine sur un plan multidimensionnel qui deviendra un prolongement de la ville. En fait, cela signifie que les grands immeubles feront partie du domaine public en hébergeant des fonctions civiques comme des écoles, des hôpitaux ou des parcs, reliés entre eux par des passerelles aériennes. Cela devrait réduire le besoin d'infrastructures au sol et augmenter l'espace physique alloué à la population urbaine en expansion rapide.

La Willis Tower (Image © Antony Wood)

COMPASS : De tels écosystèmes supposent-ils des relations différentes entre les propriétaires, les architectes, les ingénieurs, les entrepreneurs, les sous-traitants, les fabricants et les citoyens ?

AW : Nous avons fait de gros progrès en la matière, mais l'industrie elle-même doit se concentrer davantage sur la création de lieux qui améliorent la vie des gens que sur le rendement purement commercial des grands immeubles. Par exemple, l'ajout de nouveaux types d'espaces verts ouverts de qualité ou d'espaces culturels et de loisirs dans des aménagements urbains denses ne génère pas toujours de profit, mais améliore indéniablement la qualité de vie des habitants.

COMPASS : Les mondes virtuels (simulation et modélisation) peuvent-ils aider l'industrie à créer de grands immeubles plus agréables à vivre ?

AW : Absolument ! En fait, nous mettons à l'honneur le rôle nouveau et croissant des technologies virtuelles dans les grands immeubles en tenant un symposium sur les grands immeubles intelligents à l'occasion de notre conférence organisée du 20 au 25 octobre 2018 à Dubaï et Abu Dhabi, au Moyen-Orient. Nous sommes convaincus que le potentiel des technologies intelligentes est énorme dans notre secteur. La modélisation en 3D, par exemple, révolutionne la façon dont les grands bâtiments sont conçus, jugés et construits. Compte tenu de l'échelle et de l'impact urbain des gratte-ciel, nous sommes certains qu'il existe un énorme potentiel pour les technologies intelligentes dans notre secteur. La modélisation en 3D, par exemple, révolutionne la façon dont les grands bâtiments sont conçus et construits.

« DES HABITATS URBAINS DURABLES DOIVENT ÊTRE CONÇUS POUR OPTIMISER L'EXPÉRIENCE HUMAINE DANS LES VILLES MODERNES. »

ANTONY WOOD
DIRECTEUR EXÉCUTIF, CTBUH

COMPASS : Comment envisagez-vous l'essor de la simulation digitale dans la création de grands immeubles ?

AW : Vu le rôle de plus en plus important de la gestion du cycle de vie des produits et de la simulation 3D dans notre domaine et dans toutes les industries, j'imagine que les besoins mondiaux pour ces services augmenteront de façon exponentielle d'ici une dizaine d'années. Les progrès de la simulation 3D, de la réalité virtuelle et des mondes virtuels sont en passe de changer notre vision des grands immeubles. D'un point de vue commercial, ces innovations permettent aux architectes de créer des représentations plus précises, d'améliorer leurs relations avec les clients, de mieux connaître les différentes parties prenantes et de réduire le nombre d'itérations nécessaires à la conception.

De gauche à droite : La tour Jinmao, le Centre mondial des finances de Shanghai, la tour Shanghai (Image © CTBUH)

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