Avis d’expert : Farid Baddache

Farid Baddache, Directeur Général, BSR


12 June 2019

3 minutes

Depuis plusieurs dizaines d'années, la responsabilité de la gestion du développement durable est laissée aux gouvernements. Cependant, face à l'augmentation des défis environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans un contexte où les citoyens se montrent plus exigeants et plus critiques, ce fardeau se révèle trop lourd pour que les gouvernements puissent le supporter seuls.

Les entreprises – avec leurs capitaux, leur pouvoir de marché et leur motivation financière – font à la fois partie du problème et de la solution. Soumises à une pression plus forte que jamais, elles doivent aujourd'hui contribuer à bâtir un avenir meilleur, créer plus que des emplois et de la richesse, et trouver des solutions plus durables pour répondre aux besoins du marché.

FAIRE FACE À UNE PRESSION DE PLUS EN PLUS FORTE

Plusieurs études ont montré que les clients recherchent de plus en plus des solutions conformes aux critères ESG. Les investisseurs accordent à présent eux aussi davantage d'importance à ces facteurs.

La société tolère de moins en moins les entreprises dont les activités génèrent quantités d'émissions de carbone. Quel que soit le secteur d'activité, si un concurrent est capable de fournir des solutions pertinentes, à faible émission de carbone et abordables, pourquoi les clients opteraient-ils pour des solutions avec une empreinte carbone plus élevée ? Si l'on considère le développement durable de manière plus générale, ce raisonnement peut facilement s'appliquer à l'eau ou encore à l'appauvrissement de la biodiversité.

Il en va de même pour les questions sociales et économiques. Nous pouvons nous demander par exemple en quoi des sujets tels que l'égalité des salaires, la formation professionnelle et la qualité globale de l'emploi impliquent aussi de réels enjeux économiques. Dans un contexte où les profondes transformations digitales affaiblissent la relation des entreprises avec leurs collaborateurs, et où la qualité et la gestion des connaissances déterminent la satisfaction des clients, les marges et l'innovation dépendent indéniablement des personnes. La compétitivité d'une entreprise relève non seulement de sa capacité à tirer le meilleur parti de la révolution numérique en cours, mais aussi de son aptitude à investir dans les talents et à les fidéliser.

Les entreprises n'ont d'autre choix que d'adopter une nouvelle vision. Elles doivent devenir un véritable levier du changement, capables de bâtir un avenir meilleur, de préserver et de restaurer les ressources naturelles, de garantir la dignité humaine et l'équité, et d'agir de manière transparente.

Source : Rapport 2017 de BSR, « The Future of Sustainable Business: New Agenda, New Approach, New Advocacy »

De nombreux facteurs contribuent à la résilience d'une entreprise, et le développement durable jouera sans nul doute un rôle de plus en plus important en matière de compétitivité au cours de la décennie à venir. Dans ce contexte, il est essentiel que les entreprises soient en mesure de répondre rapidement aux innovations et changements radicaux qui auront un impact sur les questions environnementales et sociales.

COMPRENDRE LA SITUATION DANS SON ENSEMBLE

L'agilité d'une entreprise repose sur sa capacité à réussir sa transformation digitale. Compte tenu du nombre de données exploitables, la digitalisation est une opportunité non négligeable pour explorer ses performances au sens large en matière de développement durable. On peut citer entre autres le rapport entre le climat et l'eau, faire le lien entre l'infrastructure locale et le travail des enfants, ou encore analyser des audits sociaux pour mieux prédire les risques. Il ne fait aucun doute que la digitalisation contribuera, à grande échelle, à systématiser la collecte de données et à suivre les performances en matière de durabilité.

Mais accorder trop d'importance aux données peut impliquer certains risques. En fonction du contexte, il se pourrait que les mêmes performances en matière de durabilité n'aboutissent pas aux mêmes décisions opérationnelles. La gestion de l'eau en est un bon exemple : adopter les meilleures pratiques sera essentiel dans des pays comme le Mali ou le Mexique par rapport au Canada ou à la Suède, où la pénurie d'eau est moins problématique. Le développement durable doit donc s'appuyer sur une approche fondamentalement qualitative, mais aussi une expertise du monde réel qui puisse confirmer ce que les données nous disent.

ÊTRE EN PHASE POUR RÉUSSIR


En définitive, pour ouvrir la voie à l'humanité en matière de développement durable, les entreprises doivent être en phase avec de nombreux facteurs : utilisation réfléchie des outils digitaux et des données ; produits et services durables ; innovation constante pour développer des pratiques allant au-delà des certifications de niveau minimum ; utilisation d'un prisme de développement durable lors de la sélection de partenaires commerciaux ; et focalisation sur des priorités environnementales et sociales lors du lobbying auprès du gouvernement en faveur de nouvelles politiques.

Bien que cela paraisse difficile au premier abord, respecter ces facteurs est essentiel pour relever un défi plus pressant : bâtir un avenir durable pour les générations à venir. Seules les entreprises capables de s'adapter et de faire preuve de résilience seront à même de survivre et de prospérer.

Pour en savoir plus sur BSR, consultez go.3ds.com/N8E

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