S’unir pour la résilience

Les villes sont confrontées à un défi environnemental et social

Sean Dudley
30 June 2017

7 minutes

Partout dans le monde, les villes mettent en place des réseaux d'organisations, de systèmes et de processus pour faire face à des menaces telles que les attaques terroristes ou les catastrophes naturelles. Mais une nouvelle approche de l'unité civique — encourageant les citoyens, les entreprises et les gouvernements à travailler ensemble pour renforcer la communauté — aide les villes à devenir plus résilientes.

Lorsque Glasgow, en Écosse, a accueilli les Jeux du Commonwealth de 2014, la ville a entrevu la possibilité de se faire connaître auprès d'un public mondial, mais aussi d'améliorer la vie de ses habitants. C'est ainsi qu'un site propice aux inondations et contaminé par une utilisation industrielle a été déblayé, sécurisé et transformé en village des athlètes.Aujourd'hui, ce site est un quartier résidentiel sûr accueillant 1 400 maisons. L'expérience de Glasgow traduit l'engagement de la ville à l'égard de la résilience à la fois physique et sociale. Bien que la résilience soit traditionnellement associée à la prévention et à la réponse aux grandes menaces, telles que les catastrophes naturelles, le terrorisme et le changement climatique, un mouvement en faveur de la création d'une communauté meilleure prend de l'ampleur.

La Fondation Rockefeller, une organisation à but non lucratif dont le siège est situé à New York et qui consacre ses efforts à « améliorer le bien-être de l'humanité » depuis sa fondation en 1913, définit la résilience comme « la capacité des individus, des communautés, des institutions, des entreprises et des systèmes au sein d'une ville à survivre, s'adapter et croître, quel que soit le type de stress chronique et de chocs majeurs qu'ils subissent ». Trois des villes du 100RC — Rotterdam aux Pays-Bas, Toyama au Japon, et Vancouver en Colombie-Britannique, au Canada — illustrent la grande variété des défis, et expliquent pourquoi la résilience devient partout une question de plus en plus importante.

COMPARATIF DE TROIS VILLES CIVIQUES

Rotterdam est confrontée à des défis spécifiques à sa situation — en particulier les inondations — qui ne peuvent pas être ignorés. « Il est important du point de vue de la résilience que nos systèmes physiques soient robustes et résistants », explique Arnoud Molenaar, responsable résilience (CRO) de la ville. Sans bonne infrastructure de résilience physique, la ville ne peut pas être résiliente. Et c'est la même chose en l'absence d'un bon système de résilience sociale. Les deux composantes sont d'une importance vitale. » Dans cette optique, Rotterdam prévoit notamment d'intensifier ses efforts pour dissuader les entreprises implantées dans la ville d'utiliser des combustibles fossiles et les convaincre d'adopter des sources d'énergie plus durables.

« LA PREMIÈRE ÉTAPE VERS LA RÉSILIENCE CONSISTE À DÉFINIR LE GENRE DE VILLE QUE VOUS VOULEZ ÊTRE »

ARNOUD MOLENAAR
RESPONSABLE RÉSILIENCE DE LA VILLE DE ROTTERDAM

« Nous devons entamer un parcours de transformation », affirme Arnoud Molenaar, « et trouver la meilleure façon d'atteindre nos objectifs de résilience, qui englobent les facteurs physiques et sociaux et couvrent la cohésion sociale et l'éducation, l'utilisation de l'informatique et la cybersécurité, l'adaptation aux changements climatiques, les infrastructures et l'évolution de la gouvernance. » Comme les Pays-Bas, le Japon est connu pour les défis physiques inhérents à sa géographie. Mais bien que la ville de Toyama subisse des inondations occasionnelles, ses principaux défis sont d'ordre social. « Quand nous pensons résilience, nous ne pensons pas nécessairement à une catastrophe », déclare Joseph Runzo-Inada, responsable résilience de Toyama. Mais notre population est vieillissante et en déclin, et cette situation affecte notre ville au quotidien. Cela signifie que les frais augmentent tandis que l'assiette fiscale diminue. C'est un poids auquel nous devons devenir plus résilients. » Selon Penny Gurstein, professeure et directrice de l'École de planification communautaire et régionale et du Centre pour les établissements humains à l'Université de la Colombie-Britannique, l'isolement est un problème majeur pour Vancouver. « Si les gens ne connaissent pas leurs voisins ou ne se sentent pas suffisamment à l'aise pour agir avec eux, nous pourrions avoir de gros problèmes », confie-t-elle.

100 VILLES RÉSILIENTES

En réponse aux préoccupations croissantes au sujet de la résilience, la Fondation Rockefeller a lancé le mouvement des 100RC pour aider « les villes du monde entier à devenir plus résilientes aux défis physiques, sociaux et économiques que nous rencontrons de plus en plus au 21e siècle ». Lorsque le réseau 100RC a été créé, des villes du monde entier ont demandé à en faire partie. C'est un groupe d'experts qui a examiné les candidatures et sélectionné les villes en s'appuyant sur des critères tels que « maires innovants, déclencheur de changement récent, historique de partenariats et capacité à travailler avec un large éventail de parties prenantes ». Les 100 villes membres de la fondation font face à des défis vastes et variés, y compris l'inefficacité des systèmes de transports publics, la violence endémique et les pénuries de nourriture et d'eau chroniques. Le réseau 100RC aide les villes à adopter des pratiques résilientes en leur fournissant les ressources nécessaires pour élaborer une feuille de route de résilience. En plus de fournir des conseils financiers et logistiques, l'organisation aide les villes à accéder à des partenariats stratégiques pour soutenir leurs efforts de résilience et met un réseau à disposition pour que les membres de 100RC collaborent par l'apprentissage et le partage d'idées.

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Chaque ville membre a également son ou sa responsable résilience. La ville emploie le responsable résilience pour diriger ses initiatives, travailler avec les administrations et les parties prenantes et agir en tant que « personne-ressource » pour garantir que la ville mette en œuvre tous ses plans et projets dans l'optique de la résilience.

UN RÉSEAU DE RÉSILIENCE

Pour aider les villes à devenir plus résilientes, 100RC a développé un cadre de résilience urbaine, qui guide les villes dans leur approche des problématiques de santé et de bien-être, d'économie et de société, d'infrastructure et d'environnement et de leadership et de stratégie. « Le cadre de résilience a aidé les personnels municipaux et les citoyens à mieux appréhender la résilience et les atouts et faiblesses de la ville de Toyama face aux problèmes auxquels elle est confrontée », déclare Joseph Runzo-Inada. Les responsables résilience sont chargés de l'élaboration de plans stratégiques pour relever les défis spécifiques de leurs villes. S'ils diffèrent d'une ville à l'autre, des thèmes communs se dégagent. Une ville d'Asie, par exemple, pourrait faire face à une menace de tremblements de terre similaires à ceux rencontrés par une ville distante de milliers de kilomètres en Amérique du Sud. Grâce au réseau 100RC, les deux villes pourraient bénéficier de conseils et de systèmes communs, d'où une amélioration des initiatives de résilience. « Le plan stratégique que dresse chaque ville est son outil le plus important », explique Joseph Runzo-Inada. « Les plans sont communiqués à toutes les villes du réseau. 100RC parraine également des conférences, qui sont des occasions idéales pour discuter entre délégués de la portée des plans publiés ».

ÉCOUTER ET APPRENDRE

Bien que le réseau 100RC organise un forum mondial sur les défis de la résilience, Duncan Booker, le responsable résilience de Glasgow, souligne qu'il est important pour les villes de travailler avec les entreprises et les populations locales afin d'identifier rapidement les problèmes les plus courants.

« SI LES GENS NE CONNAISSENT PAS LEURS VOISINS OU NE SE SENTENT PAS SUFFISAMMENT À L'AISE POUR AGIR AVEC EUX, NOUS POURRIONS AVOIR DE GROS PROBLÈMES »

PENNY GURSTEIN
DIRECTRICE, SCHOOL OF COMMUNITY AND REGIONAL PLANNING, UNIVERSITÉ DE BRITISH COLUMBIA

« Quand nous nous sommes réunis avec nos partenaires locaux, ils nous ont dit immédiatement que l'urgence à Glasgow était de s'attaquer aux inégalités », explique-t-il. « Cela provoquait d'après eux une véritable angoisse qu'il nous fallait analyser. Par conséquent, à bien des égards, nous estimons que c'est sur une ville plus juste et plus équitable que l'on peut bâtir une ville résiliente. » À Rotterdam, Molenaar met l'accent sur la nécessité d'écouter la voix collective de l'actif le plus important de la ville, sa population : « Nous avons sondé près de 3 000 citoyens de Rotterdam. Nous leur avons demandé ce qu'ils pensaient être le plus important de tous les sujets de résilience, et ils nous tous répondu : la résilience sociale. » En rassemblant des informations de première main auprès des citoyens, la municipalité de Rotterdam est à présent mieux à même d'identifier les actions qu'elle doit entreprendre pour renforcer la résilience et peut par son action donner l'exemple aux autres villes. « La première étape vers la résilience consiste à définir le genre de ville que vous voulez être », explique Arnoud Molenaar. « Identifier les principaux défis ou transitions disruptives auxquels vous faites face à l'instant présent et que vous devrez affronter à l'avenir. Ensuite, fixer des objectifs et élaborer une approche pour les atteindre. À Rotterdam, notre mission est de trouver des solutions intégrées, multifonctionnelles et qui valorisent la ville dans une perspective plus large. »

L'ACCÈS AU MEILLEUR

Les villes membres de la fondation 100RC peuvent accéder à un éventail de partenaires de plate-forme pour soutenir leurs efforts de résilience. Ceux-ci incluent des sociétés informatiques internationales qui peuvent contribuer à la planification de la résilience, ainsi que des entreprises de secteurs liés à la résilience tels que les assurances et le transport. « Grâce au système de 100RC, vous pouvez rencontrer les personnes clés de ces entreprises désireuses d'apporter leur concours dans le domaine de la résilience », indique Joseph Runzo-Inada. « Vous avez la possibilité d'accéder à des compétences que ces entreprises possèdent et d'entrevoir comment elles peuvent aider à résoudre les problèmes spécifiques à votre ville. Il peut être très utile de travailler avec ces plates-formes partenaires. »

MIEUX ENSEMBLE

Dans un premier temps, l'accent a été mis sur les défis physiques des villes. Aujourd'hui, les responsables résilience investissent dans les citoyens de leur ville afin d'atteindre leurs objectifs. « Si vous assistez à un incident qui devrait normalement déclencher une intervention d'urgence, le premier à réagir devrait idéalement être votre voisin », remarque Duncan Booker. « Par conséquent, l'instauration d'une plus grande cohésion sociale au sein des communautés est un aspect essentiel de la résilience. À Glasgow, la plupart des gens ne connaissent pas ou n'ont pas besoin de connaître les noms de leurs voisins. C'est un vrai problème. Mais du point de vue des situations d'urgence et des accidents, c'est absolument essentiel. Cela devient de plus en plus une caractéristique clé de notre approche de la résilience. » À Vancouver, Penny Gurstein observe un activisme croissant dans tous les aspects de la société, avec en son centre la fierté civique, la cohésion et la résilience. « Je pense que quand les gens sont poussés à bout, les choses bougent. Les gens refusent certaines choses et sont plus actifs pour ce qui est d'apporter des changements positifs à leurs villes. À Vancouver s'installent un sentiment de fierté civique et la volonté d'appartenir à une grande communauté, en dépit des pressions telles que le manque d'accessibilité financière et les prix de l'immobilier dans la ville. « Je pense que quand les gens sont poussés à bout, les choses bougent. Selon Joseph Runzo-Inada, la passion est la clé de la résilience : « Je considère les villes comme des athlètes. Deux athlètes peuvent avoir des "mesures" identiques, mais l'un d'eux peut atteindre constamment un niveau de performances exceptionnel et l'autre non. Avec les athlètes, on parle parfois de « cœur » pour désigner ce petit supplément d'âme. C'est pareil avec les villes. Une ville résiliente doit avoir de son côté la fierté civique, des liens communautaires solides et l'engagement profond de ses habitants. Ce ne sont pas des qualités mesurables, mais elles sont fondamentales pour la création et la pérennité d'une ville résiliente. »

Pour plus d'informations sur le mouvement des 100 villes résilientes : http://3ds.one/Resilient

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